Zinneke

Thriller - Documenteur - Unitaire - Documentaire

Présentation

Pitch

Mon père affirme être un enfant naturel de Léopold III, quatrième Roi des Belges. Mais il n'en subsiste aucune preuve. Pas de lettres, pas de photos, aucun document. Juste une multitude de signes, garants risibles d’une intuition aussi puissante qu’émouvante. Faut-il les les croire, faut-il la suivre? Pour arriver où? A quoi? Je décide de partir à la rencontre de cet encombrant secret de famille, même si je sais qu’il va falloir convoquer les souvenirs insensés de ma propre enfance: la vie en communauté, les spectacles d’ « expression corporelle » et les cabanes dans les bois.

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Synopsis

Les quatre soeurs de mon père sont assises à table, en silence. Mon père éternue. Et quand mon père éternue, tout le monde se regarde: on sait qu’il va le faire vingt, trente fois. C’est comme une crise. C’est aussi drôle qu’excessivement énervant. Je me renseigne sur l’origine de ce comportement et je trouve quelque chose qui a trait à la colère. 

Un extrait du journal intime de Claire, ma grand-mère, lu par une comédienne: « Léopold est né par un radieux matin d’été le 5 juin 1940 et, dans l’atroce malheur qui frappe le monde, c’était un rayon de soleil. J’ai eu un immense bonheur à mettre un fils au monde. Mon fils, ce fils pour lequel j’ai une adoration indicible, ce fils que j’ai porté avec tant de fierté, ce fils qui est né avec plus de chance que ses aînés, malgré l’horreur du deuil qui a frappé mon pays. Cet enfant pour lequel j’ai eu, dès sa conception, une telle envie, une telle certitude qu’il serait un garçon. Ce fils, qui porte un nom si glorieux, reposait là, tout petit et rose entre son frère et sa sœur. J’aime cet enfant du plus profond de mon être. »

Je rends visite à ma mère. Elle me parle du fait que son mari l’a quittée il y a 25 ans et qu’elle ne s’en remet toujours pas. Ils s’étaient rencontrés lors d’une de ces réunions mystico-spirituelles organisées par la mère de mon père. Avant, maman chantait dans les églises, c’était magnifique. Elle aussi aurait eu besoin d’un peu de reconnaissance. Encore un couple qui n’a pas tenu. La chapelle, ce lieu où ont été célébrées des centaines de messes quand je vivais en communauté avec mes parents et où ma mère a tellement chanté. Aujourd’hui, elle a 78 ans.

Mon père et moi à Suarlée, dans la province de Namur, devant ce château qu’il a « reçu » de la princesse Marie-José, la soeur du roi Léopold III. Il me dit qu’il ne sait pas comment ça s’est passé. En tous cas, c’est très vague, comme d’habitude. Il me parle de la communauté chrétienne qu’il a fondée ici dans les années septante, imitant inconsciemment sa mère et son goût pour la détresse des plus faibles. Je décide d’aller au SFP Finances, bureau des Successions de Namur, pour trouver le titre de propriété du château tel qu’il a été établi en 1966.

La vie officielle des membres de la communauté est filmée par une équipe de la RTB, travaillant dans le cadre de l’émission « La minute Religieuse ». Je me souviens d’une séquence où nous pataugieons dans la mare verte des canards.

Ma soeur et moi attendons interminablement que l’on vienne nous chercher à la sortie de l’école du village. On nous a oubliés, une fois de plus.

Filmées avec une caméra super8, des communautés de hippies retapent des hameaux dans les Cévennes.

Claude, le fidèle ami de mon père, complice de toutes ces aventures humaines filme tout ce qu’il voit. Les coulisses de la vie en communauté, c’est lui.

Je demande à Claude de me parler de cette époque insensée, ce monde magique, plein de charme et d'enthousiasme, un monde où les portables n'existaient pas, juste l'inconscience des adultes, le rock et les cabanes dans les bois. Je lui demande aussi s’il savait pour mon père.

Des coupures de presse: mon père présente ses spectacles d’ « expression corporelle » à travers toute la Wallonie.

Mon père enfant, tout seul dans le grand salon vide chez sa mère. On entend le Roi Léopold III prononcer le discours de son abdication à la radio.

De loin, dans un grand jardin, quelqu’un filme un homme qui brûle des lettres et des photos.

Un film 16 mm que j’avais réalisé sur l’internat dans lequel j’ai passé cinq années de ma vie.

Le film Video8 de mon premier mariage, où est présent Horace, le père officiel de papa.

Je suis filmé lors d’une séance de « constellation », thérapie consistant à explorer la généalogie de ma famille et les « casseroles » que les ancêtres nous transmettent.

Je pose sur des photos lors de séances obligatoires et interminables orchestrées par mon apprenti-photographe de père.

Des portraits d’enfants, d’hommes, de femmes, mes enfants, ma femme, mon père, ma mère, tous regardent l’objectif, tous me regardent. Je les filme, je les regarde, peut-être parce qu’on ne m’a jamais regardé quand j’étais petit. Quand je filme, je veux montrer que ça existe. C’est une réponse d’enfant. Une réponse d’adulte serait: que faire avec ce que j’ai vu, ce que j’ai filmé?

On découpe le cochon dans la cour de la ferme derrière le château. C’est violent. C’est festif. C’est sauvage. Aujourd’hui, c’est interdit.

Des photos d’anonymes séjournant joyeusement dans le camping qui a remplacé mon « domaine » d’enfant.

Une animation fait vivre la carte des innombrables déménagements de mes parents et tous ces lieux où j’ai vécu avec mes deux frères et mes deux soeurs, un mouton, un poney, cinq canards, six poules, dix cochons et deux chiens.

Rencontre avec Olivier Havenith, fils de Horace et de Claire, le grand frère de Léopold Havenith, probablement le seul des quatre enfants a être le fils de son père. Quelle famille. Oncle Olivier et mon père s’étaient disputés lors du décès d’Horace, pour une histoire de gros sous. Il y a surtout une espèce de concurrence féroce entre eux, mon père n’ayant jamais supporté l’ « arrogance » ou le « sentiment de supériorité » de son aîné. Un jour, Olivier avait écrit une lettre au Vatican qui ne recevra jamais de réponse. Il voulait savoir pour quelle raison le mariage de ses parents avait été annulé. Cruauté, encore. Je suis parvenu à mettre la main sur le document attestant de l’annulation du mariage religieux de ses parents. C’est l’occasion d’entrer en contact avec lui. Je suis certain qu’il possède plein de photos et de films super8.

Papa et moi veillons le cadavre de sa mère, allongé sur un lit. Retenant un fou-rire, il me montre la grosse boîte d’allumettes cachée sous un foulard et servant à empêcher que sa mâchoire ne retombe.

Je questionne Claire de Kerchove, la sœur aînée de mon père. La fille de Claire et d’Horace est légèrement borderline et a elle-même un fils d’un autre homme que son mari. Je lui demande ce qu’elle sait. Nous parlons fidélité.

Vidéo 8. Alors qu’il dînait avec une femme dans un restaurant, celle-ci lui lâche tout-à-coup que tout le monde savait qu’il était le fils de Léopold III. Mon père, estomaqué, apprenant quelque chose qu’il ignorait, balbutie quelque chose et change de conversation.

La princesse Esméralda, fille de Léopold III et de Liliane Baels m’a donné rendez-vous chez elle, avenue Louise à Bruxelles. Je lui avais écrit pour obtenir une entrevue à propos de mon père. Elle n’a jamais entendu parler de cette histoire, même dans le journal intime de sa grand-mère la Reine Elisabeth dont elle dit qu’il manque deux ou trois carnets. La princesse me confirme que son père était un homme qui aimait les femmes. Sans blague. Très gentille, elle se dit toute disposée à m’aider. J’aimerais qu’elle rencontre mon père.

Les Fagnes, sorte de lande aride de moyenne altitude située dans l’est de la Belgique. C’est dans cette austère région qu’habite mon père. Il s’y est installé il y a deux ans, revenant sur les lieux de vacances de son enfance avec sa chère mère. Je cuisine pour lui. On dîne ensemble. Je parle à mon père de mon désir de faire ce film. Tout est parti de ce livre qu’il a écrit pour ses proches et dans lequel il affirme être un fils naturel de Léopold III. Beaucoup trop de questions, c’est confus, il a oublié ou laissé passer tellement de choses. Mon père montre des photos et explique les circonstances pendant lesquelles il a appris que son père n’était pas son père et pourquoi il pense que c’est Léopold III. Il me montre le document sur lequel figure le mot « adultérin », qui le concerne, lui et une de ses soeurs et qui fût tracé par Horace, le premier mari de notre grand-mère. Enfin, il évoque cette scène terrible: quand mon père demande à sa mère, alors sur son lit de mort, s’il est bien le fils d’Horace, son père officiel, elle a d’abord cette longue seconde d’imperceptible hésitation, totalement identifiable, avant de lui jurer que, oui, il est bien le fils d’Horace qu’est-ce que tu vas t’imaginer.

Je parle avec François de Kerchove, fils de Clairette de Kerchove, la sœur aînée de mon père, fille de Claire et d’Horace. Mon cousin François est ambassadeur de Belgique à l’OTAN et a passé son enfance dans une maison située en face de chez sa grand-mère Claire. Il va surtout me parler d’Horace, le mari de Claire, substitut du Procureur du Roi, fou amoureux de sa femme. La famille de Claire aurait payé le Vatican une fortune pour faire annuler son mariage. Horace, l’éternel bafoué. Celui dont je pensais qu’il était mon grand-père est mort un jour à midi. Il s’est étranglé avec un morceau de viande dans un restaurant. Il n’y a qu’en Belgique qu’on voit ça. Je l’aimais bien, mon grand-père, il m’a enseigné Voltaire, la musique classique, les bouquins d’Anaïs Nin, le goût du vin et de la rigolade. Au fil de l’enquête, j’apprend qu’Horace n’était pas forcément quelqu’un de très fréquentable. On parle de collaboration avec les Allemands pendant la guerre, de problème d’addiction au sexe, certains vont même jusqu’à parler de pédérastie, au sens grec du terme. Une fois de plus, était-ce vrai? Et si cet homme avait souffert d’avoir été jeté comme une merde par Claire, puis salit, pour qu’il n’ait plus une chance d’avoir voix au chapitre?

Je fouille les cartons de mon père. Une photo retient mon attention: elle représente mon père pendant son service militaire, armé et en uniforme, montant la garde juste devant le roi Baudouin lors d’un défilé de la fête nationale belge. A cet instant précis, qui savait quoi? C’est absurde. C’est surréaliste. Et si cette histoire est vraie, on est dans l’ordre de la cruauté.

Interview aux USA de Ingeborg Verdun qui serait la fille du roi Léopold III et de Liselotte Landbeck, une championne de patinage d’origine autrichienne venue donner des cours de patinage à Laeken. Elle serait née en décembre 1940. Dans ses six prénoms figure le nom de Léopold. Comme pour mon père. Ingeborg Verdun n’aurait appris que très tard la vérité sa naissance: « J’avais 50 ans lorsque j’ai appris pour la première fois que mon père n’était pas mon père. Cinquante ans? Savez-vous ce que cela représente. Ma vie est gâchée ». Elle affirme qu’elle n’a pas souffert mais qu’elle a toujours ressenti un malaise : "Je savais que quelque chose n’allait pas mais je ne pouvais pas mettre le doigt dessus. Et cela a pesé sur moi ."

J’interroge les visiteurs d’une exposition organisée en 2018 par le journal Le Soir sur la royauté en Belgique et la famille idéale qu’elle représente encore.

Rencontre avec la princesse Léa, veuve du prince Alexandre, fils de Léopold III et de Liliane Baels. D’après une personne digne de confiance et que je connais, son château abriterait des dizaines de caisses contenant les archives personnelles de Léopold III. Ou alors, j’ai rêvé?

Cimetière de Hal, région de Bruxelles-Capitale. On met un temps fou à trouver la tombe de Claire. Une fois identifiée, mon père s’adresse à sa mère. Il parle de sa colère, du secret, des reproches qu’il lui adresserait si elle était encore vivante.

Je dis à mes enfants ce que je suis en train de faire et ce que j’ai découvert. Mon fils me dit que, si ma grand-mère n’avait pas trompé son mari, je n’existerais pas et lui non plus.

Mon père rencontre Esméralda. C’est très étrange pour moi de filmer ces deux mêmes paires d’yeux. Beaucoup d’émotion, de mystère. Rien à se dire.

Note d'intention

Dans un document écrit qu’il adresse à ses 5 enfants, mon père prétend avec force et conviction être un enfant illégitime de Léopold III, quatrième Roi des Belges (1901-1983). Cependant, il ne fait que piocher parmi les mille et une rumeurs familiales, commençant par celle où ma grand-mère Claire de Rosen de Borgharen, alors femme mariée, proche de la Cour, se serait trouvée au château royal de Ciergnon en août 1939, soit neuf mois avant sa naissance.

Devenu père à son tour, mais profondément blessé à cause du silence qui a été imposé autour de sa naissance, Léopold Philippe Ghislain Havenith fût privé de toute forme de lien avec son géniteur. Luttant contre une dépression latente et la dévitalisation de son âme, à l’époque où il vivait avec des doux dingues rassemblés autour d’un projet mystico-charismatique dans les années 70, il n’a pas la force de s’occuper de moi, son fils.

40 ans et 11 déménagements plus tard, mon père échoue dans les Hautes-Fagnes, exactement là où il passait toutes ses vacances avec sa mère. Il semble qu’il ait depuis toujours installé une sorte de politique de la terre brûlée: tout jeter, ne rien trier, ne rien garder ou presque. Toujours tout recommencer à zéro, avec, à chaque fois, un peu moins d’argent. Mais mon père ne sait pas d’où il vient. Il ne connaît pas son père. Il n’a pas été reconnu. Or, être reconnu, c’est partager un pouvoir, un territoire, des émotions, des racines. C’est du ressort de l’appartenance.

Mon père est né en dehors des liens du mariage, c’est un bâtard, un enfant illégitime, un adultérin. Ne dit-on pas qu’un chien bâtard est un animal qui participe de deux espèces différentes? Mon père est un être hybride. Je suis un être hybride. Au Moyen-Age, sur le plan religieux, la tache de bâtardise est une macule, trace héritée du péché commis par les parents. Cette tache continue de souiller l’enfant après le baptême, le sang véhiculant une probabilité de mauvais penchant. Quant au civil, elle est plutôt une infamie d’opinion, un défaut de réputation. Un enfant qualifié de bâtard est moins estimable que celui qui ne l’est pas même si, à l’époque, l’enfant bâtard, cet enfant de l’amour, était souvent considéré comme plus fort et plus beau. Mais la bâtardise, c’est surtout une rupture dans la transmission. Mon père affirme avoir vécu un ostracisme, il est en colère et je m’arrange pour subir le même sort: je me mets en colère comme mon père. Et mon fils fait d’ailleurs la même chose. Mais ça suffit. Il faut casser cette chaîne. Se mettre au monde. C’est pourquoi je veux faire ce film. Parce qu’écrire, filmer, c'est donner voix à l'enfant négligé, non reconnu, « l'enfant monstrueux que personne n'a vu ». Mon père, bien sûr, mais aussi moi-même, enfant non regardé par ses parents mais passant son temps à filmer les autres. Quoi de plus adultérin que de concevoir un film hors les liens de la mémoire et de la vérité? D’ailleurs, ironie des circonstances, « Havenith » ne signifie-t-il pas le démuni, le va-nu-pied, l’homme libre et sans racines?

Cette incapacité à construire, je la connais, même si c’est dans une moindre mesure. Je connais ce sentiment de destruction, ce gaspillage de moyens, cette éternelle envie de fuir, de tout laisser tomber, de m’en aller très loin, la rage et le désespoir au ventre. Ne suis-je pas l’envers, l’ombre, le négatif de mon père? Je n’ai eu de cesse de chercher à le guérir, en aspirant son mal-être, sa souffrance, pour le sauver, le délivrer de la mort et de la folie. Comme dans l’histoire d’Icare et de Dédale, je fus le témoin des infortunes de mes parents, m’instituant enfant-thérapeute, parent de mes parents, infirmier, gardien, protecteur, renonçant à mon enfance dans l’espoir que mon père aille mieux et puisse ainsi réintégrer ses fonctions. Devenu adulte, je cherche à me faire punir, à expier des fautes que je n’ai pas commises, ne jouissant pas des petits plaisirs que la vie m’offre et souffrant de la culpabilité de la victime innocente.

En voix off, je raconte une histoire à mes enfants, celle d’un petit garçon livré à lui-même dans une grande forêt où vivent les membres d’une communauté fondée par ses parents et qui sera bientôt transformée en camping. Michael, 12 ans, est le témoin de l’infortune de son père, essayant de le guérir en gobant ses souffrances, en s’instituant enfant-thérapeute, infirmier, gardien, protecteur et renonçant ainsi à son enfance dans l’espoir qu’il aille mieux et ainsi réintégrer ses fonctions. Au fur et à mesure que je raconte cette histoire, on s’approche du terrible secret de famille ayant solidement perturbé mon père et dégoulinant jusqu’à ma propre descendance.

Eté caniculaire de 1976. Il y dix ans, mes parents avaient choisi de fuir la société et et de vivre en communauté avec quelques paumés originaux. Ils prônaient un retour au passé rural romanesque, le rejet de la technologie et gardaient peu de liens avec la société. Aujourd’hui, dans cette communauté, rien ne marche plus vraiment, tout foire un peu. Le pain est de plus en plus souvent raté, le potager est moribond, les guitaristes sont foireux et l’ambiance se dégrade de plus en plus. Mais la propriété est toujours aussi belle et tout le monde se rattrape en priant Jésus trois fois par jour et en vendant des cartes postales fabriquées maison à la sortie des églises. Depuis qu’il est allé voir un spectacle de Maurice Béjart, et légèrement fatigué par le projet communautaire qu’il avait lui-même initié, Léopold, 35 ans, mon père, ne pense plus qu’à une chose: écrire et monter son propre spectacle d’ « expression corporelle » avec les « Enfants du Juge », version belge des gosses de la DASS, que la communauté héberge et qu’il faut bien occuper. Papa est un déprimé bipolaire: à travers l’écriture et le montage de son oeuvre, il est en quête désespérée et permanente de la reconnaissance d’un talent qui ne parvient pas à éclore. Luttant contre la dévitalisation de son âme, il n’a pas la force de s’occuper de son fils, d’autant qu’il porte en lui un terrible secret de famille: il serait un fils naturel du quatrième Roi des Belges. Sa femme Marie-Madeleine, 33, ma mère, a une voix sublime mais aucune confiance en elle, à tel point qu’elle risque bien de mourir un jour avec sa petite musique toujours coincée en elle. Claude, 32 ans, est pour moi comme un père de substitution. Homme passionnant, incollable sur tout ce qui touche à la nature, le nom des arbres, la découpe du cochon et les herbiers. Mais il s’aime tellement peu qu’il s’annule volontiers dans la vodka. Claude est aussi le « cinéaste » de la communauté: il filme tout, même quand il est fin saoul et qu’il lui arrive d’inverser le bouton « rec » avec « stop ». Mais ça donne des séquences sympas. Claude est fou, alcoolique mais c'est un jouisseur, un contemplatif, un fragile. Josette, 30 ans, la femme de Claude, rêve de quitter cette communauté de dépressifs foireux et de devenir speakerine à la télé. Je vis ma petite vie solitaire d’enfant, à l’écart des adultes que j’espionne copieusement, assistant à leurs infortunes. Un jour, las de l’expérience mystique de ses locataires, le propriétaire de l’endroit décide désormais d’exploiter le lieu en camping et fixe un ultimatum à la communauté. C’est la fin des illusions, le rêve est fini, chacun va rentrer chez lui. Bientôt, pour faire place aux campeurs, on coupe les arbres de la propriété. Claude, l’amoureux des arbres, des plantes et des oiseaux, sombre définitivement dans l’alcool et la folie. La première caravane arrive, une famille d’énergumènes radicalement différents du monde que je connais. Mais si les campeurs apportent avec eux la médiocrité, la société de consommation et la pollution, ils me montrent la direction de la vie, de la musique, du sexe et de l’amour.

Pour raconter cette histoire et pour amener le spectateur au plus près du secret de Léopold, à son insupportable mystère et à ses répercussions sur sa descendance, tous les supports seront convoqués: photographies, diapositives, vidéo8, Super 8, vidéo HD, animation, 16 mm. Comme un puzzle à reconstituer, une histoire à plusieurs entrées, à l’image de la forêt labyrinthique dans laquelle je me perdais enfant. Le résultat sera un patchwork dont toutes les pièces se répondront, car tout est lié: mon père s’instituant patriarche d’une communauté de paumés en quête de sens et reconstituant son propre royaume, sa mère lui cachant ses origines et lui demandant de tout deviner en faisant « suinter » le secret, moi petit garçon perdu dans le labyrinthe du Minotaure, tel Icare sauvant son Dédale de père de la dépression, ma mère se sacrifiant pour son mari et ses projets grandioses, la colère infinie de mon père « avorté », rejaillissant sur moi puis sur mon fils, la fascination que j’ai pour la nature et la contemplation, couplée à ma paralysie dès qu’il s’agit de poser un acte me définissant en tant qu’auteur, artiste, homme.

Je ferai le film sous les yeux des spectateurs, faisant appel à des souvenirs souvent tronqués, ressuscitant maris trompés et rois de Belgique portés sur le sexe et la gaudriole, mélangeant le vrai et le faux avec enthousiasme, n’hésitant pas à inventer des archives filmiques de toutes pièces, filmant ce qu'est ma vie de réalisateur jamais à sa place, avec tout ce que ça comporte de drôle, de pathétique, de cruel et de profond. Sans jamais se prendre au sérieux, jamais.

Il s’agit d’une histoire de places: Claire aurait dû se trouver aux côtés de « son » Léopold III, au même titre qu’Horace, son mari docile et transi, aurait voulu être auprès de Claire. Même ma mère est concernée: elle ne se remet pas que mon père l’ait quittée il y a 25 ans pour une plus jeune qu’elle. Quant à moi, jamais là où je le voudrais, mes rêves prennent la forme d’une maison devant la mer. Etre heureux, c’est être à sa place.

Extrait de la continuité dialoguée

Matériel de tournage disponible

Teaser provisoire: https://vimeo.com/377300802 (mot de passe: ouest)

Ne pas diffuser, merci.


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Remerciements

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