Documentaire - Fiction

ROSE GRANIT

Présentation

Pitch

Dans le silence d'une forêt au coucher du soleil, un jeune enfant s'aventure au bord d'un ancien camp de déportés. Le contraste entre la beauté tranquille de la nature et les horreurs passées de ce lieu se fait rapidement ressentir lorsqu'il découvre les barbelés qui séparent le monde innocent de celui du souvenir.

Dates et lieux de tournage

Juillet 2026

Stade actuel d'avancement

Terminé

Synopsis

Un soir d’été, dans une forêt vosgienne balayée par le vent, un enfant se promène, insouciant. La voix d’un narrateur s’élève : « Ceux qui admiraient la beauté naturelle de ce sommet ne pourront croire que cette montagne est maudite. » Peu à peu, son errance le conduit face à des barbelés rouillés. Derrière eux, figé dans le passé, se dresse un camp de concentration.
En approchant, son regard se pose sur un chevalet de bastonnade. Avant même qu’il n’en saisisse l’usage, une voix nazie retentit, comme si le camp l’invitait à revivre son souvenir. L’enfant, témoin malgré lui, assiste à la scène d’humiliation d’un déporté contraint de compter chaque coup jusqu’à vingt-cinq. À mesure que la punition s’intensifie, l’incompréhension de l’enfant se transforme en effroi, jusqu’à l’évanouissement du prisonnier. Terrifié, le garçon prend la fuite, trébuche, puis se relève.
Il se retrouve alors prisonnier à l’intérieur du camp. Son regard scrute les alentours et croise une vision hallucinée : un “squelette vivant”, dessiné comme par une main d’enfant, tente de gravir un escalier, chaque mouvement étant une lutte pour survivre. La peur du garçon se mue en compassion, mais une cheminée fumante surgit dans son champ de vision. L’horreur s’impose à lui : il s’échappe à travers la forêt, poursuivi par les échos du camp, les miradors et les arbres se refermant comme une prison.
Essoufflé, il finit par retrouver le chemin de son quartier. Alors que le calme semble revenu, la caméra s’élève lentement : une cheminée se dresse, celle d’une chambre à gaz. L’enfant l’ignore. Un plan brutal de l’intérieur de la chambre a gaz apparait.
En épilogue, la voix du narrateur revient, poétique et solennelle. Sur des plans où la beauté de la nature se mêle à l’ombre du camp, ses mots résonnent : « Seule la nature, comme suprême consolation, a permis aux mourants l’ultime vision d’une éternelle grandeur. »

Note d'intention

Le traitement

Entre fiction et documentaire, Rose Granit s’appuie sur trois témoignages de déportés du camp de concentration de Natzweiler-Struthof : Léon Boutbien, Albin Rychlik et Ernest Gillen. À travers le regard d’un enfant qui erre autour, puis à l’intérieur du camp, le film donne chair à ces récits.Ce n’est pas un documentaire explicatif, mais une fiction qui illustre ces souvenirs par la reconstitution, le son et l’imaginaire. Le réalisme demeure central, mais l’esthétique permet d’atténuer l’horreur brute, de montrer sans traumatiser. 

Contrairement à Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, qui dévoilait la déportation par des images frontales et cruelles, ce projet s’inscrit dans une approche sensible.

Le personnage

Le récit est porté par un enfant d’aujourd’hui, sans identité précise. Il ne représente pas une personne, mais une fonction : celle de guide et de témoin. Comme les déportés réduits à un numéro, il est dépourvu de nom, mais c’est son innocence qui crée l’attachement. À travers lui, les émotions s’expriment avec force : son regard fragile s’imprègne d’images qu’il ne peut comprendre, mais qui le bouleversent. Son innocence se brise peu à peu, jusqu’à la vision de la cheminée fumante. Pourtant, dans la dernière scène, son regard d’enfant reste pur : il ne reconnaît pas la chambre à gaz, dissimulée dans une salle des fêtes. Le contraste entre son ignorance et l’horreur du lieu redouble la puissance dramatique.

Les intentions de réalisation

Le film privilégie la lumière naturelle (hors quelques inserts), notamment au crépuscule. Montrer un camp de concentration au “golden hour” est rare, presque incongru. Ce choix visuel crée un contraste fort : la beauté de la nature face à l’horreur humaine. La dernière partie du film illustre cette idée : même au cœur de l’enfer, le soleil se couchait.

La forme 

La mise en scène traduit aussi un voyage dans le temps. Au début, l’enfant court de droite à gauche, comme un retour en arrière (sens inverse de lecture en Occident). Plus tard, dans sa fuite, son déplacement s’inverse, de gauche à droite, évoquant le mouvement du temps qui reprend et le retour au présent.Les témoignages des déportés nourrissent la structure même du film. Celui de Léon Boutbien ouvre et clôture le récit : sa voix, à la fois poétique et solennelle, accompagne d’une succession d’images du camp au coucher du soleil. Elle donne au film une dimension presque documentaire, et rend hommage au travail de mémoire initié par Nuit et Brouillard d’Alain Resnais.Le souvenir d’Ernest Gillen, déporté luxembourgeois, se manifeste autrement : par la violence sonore d’une punition au chevalet de bastonnade. La scène, reconstituée en collaboration avec l’historien du camp, Cédric Neveu, ne montre pas l’horreur directement mais la fait entendre, l’installe dans l’espace sonore, pendant que l’enfant fixe l’objet abandonné. Ce va-et-vient entre son regard innocent et le vestige chargé d’histoire installe une tension presque insoutenable.Enfin, le témoignage d’Albin Rychlik surgit sous une forme plus onirique : celle d’un “squelette vivant” qui tente de gravir un escalier. Inspirée des dessins réalisés par les déportés, cette vision prend la forme d’une animation, proche du gribouillage d’un enfant. Elle traduit à la fois l’imagination naïve du protagoniste et la fragilité extrême de ces corps brisés.Ainsi, chacun de ces récits ne se superpose pas au film comme un commentaire, mais s’incarne dans des images, des sons, des visions. Ils traversent l’errance de l’enfant et l’accompagnent, comme des fragments de mémoire qui surgissent à travers lui.Le montage alterne entre séquences lentes, contemplatives, et passages plus rythmés, traduisant les flux d’émotions de l’enfant. Cette respiration s’inspire du travail de Sally Menke sur Inglourious Basterds de Quentin Tarantino : une tension graduelle, ponctuée de ruptures, où le rythme devient vecteur d’émotion.Rose Granit est née de l’émotion de ma première visite au Struthof. Le film cherche à restituer ce vertige : la coexistence du sublime et de l’innommable, la beauté d’un paysage qui n’a pas empêché l’horreur, et le regard fragile d’un enfant qui, sans tout comprendre, porte la mémoire des disparus

Extrait de la continuité dialoguée

Matériel de tournage disponible

Matériel généreusement prêté par la société Red Road

Sony FX6 , Optiques CP2 et Helios

Liens utiles et informations complémentaires

Remerciements

  • Michael Landot, directeur du camp, qui a accepté et permis la mise à disposition de tout le nécessaire dans l’enceinte du camp pour la réalisation du film.

  • Madame Gwendoline Tikonoff, pour m’avoir mis en relation avec les représentants du gouvernement, pour la coordination des dates, les liens avec les pôles de recherches historiques et la conservatrice du camp, ainsi que pour m’avoir permis de tourner en dehors des créneaux officiels, de nuit.

  • Monsieur Cédric Neveu, historien du camp, pour son aide précieuse dans la retranscription sonore de la scène du chevalet de bastonnade.

  • Monsieur Frank Graetz, régisseur des collections du camp, pour avoir déplacé et mis à disposition la pièce historique du chevalet de bastonnade.

  • Monsieur José-Maria Dominguez-Marin, qui a relayé ma demande auprès du ministère des Armées.

  • Le ministère des Armées, pour avoir fourni gratuitement l’autorisation de tournage.

  • Julien Kurtzmann, pour sa présence à nos côtés sur le camp, la mise à disposition de salles, son aide en tant qu’électro ainsi que ses connaissances historiques.

  • Valérie Hochart, la maman de Célestin, pour son implication et même son coup de main au sens propre comme au figuré en tenant la perche.

  • Célestin Herter, pour son implication ainsi que son talent à transmettre les émotions à l’image. Malgré son jeune âge, je tiens à souligner son professionnalisme impressionnant.

  • Stéphane Colin, pour avoir prêté sa voix aux textes des déportés et ainsi fait vibrer les images.

  • Jérémie Husser et Maurice Kauffer , pour la puissance de leur jeu en tant que Kapo et déporté.

  • Pierre Tomaselli, pour avoir mis à disposition le matériel de captation et les lumières, ainsi que pour sa participation active au tournage.

  • Rachel Nusbaumer : Sa composition musicale, puissante .

  • Samuel Witz, premier assistant caméra, sans qui nos images seraient restées floues.

  • Lucie Sakalowski et Raphaëlle Rossini, Noélie Vivenot, ont conçu et réalisé le style vestimentaire de l’enfant.

  • Laura Pfauwadel, pour son montage qui a donné le rythme que je souhaitais.

  • Corentin Adam, pour la prise de son, mais aussi pour son travail en photogrammétrie et la reconstitution 3D du camp.

  • Guillaume Louis, pour les prises de son.                                                                                                                     
  • Hugo Toti, pour le mixage.

  • Aurore d’Amaya, pour ses conseils précieux ainsi que la réalisation des ébauches des dessins des déportés.

Christian et Isabelle Toti, mes parents, pour leur soutien et leur aide sur le tournage