Présentation
Pitch
Les "Voyages de la famille Sibalski" racontent l’arrivée d’une famille polonaise dans le bassin potassique alsacien au lendemain de la Première Guerre mondiale. Le récit suit Jozef, Maryam et leur fils Andrzej, pris entre la nostalgie de la Pologne, la dure réalité de la mine et l’espoir d’une intégration possible. Autour d’eux, une communauté ouvrière se forme, se surveille, s’aime, se déchire. L’amour entre Andrzej et Jeanne, jeune alsacienne du village, ouvre une possibilité de rencontre entre deux mondes. Mais le viol de Jeanne par un groupe de jeunes locaux déclenche une crise où les préjugés, les intérêts de la mine et la peur désignent Andrzej comme bouc émissaire. La révolte des Polonais, le voyage mémoriel de Félick Mirack et une catastrophe au fond de la mine conduisent chacun à faire face à ce qui le lie aux autres. Fresque populaire et historique, le film rend hommage à la mémoire des mineurs immigrés qui ont construit l’Alsace industrielle.
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Matériel de Tournage
Dates et lieux de tournage
mars 2027 à septembre 2027
Stade actuel d'avancement
Scénario écrit, plan de tournage fait, découpage fait.
Synopsis
1925. L’Europe tente de se reconstruire après la Première Guerre mondiale. La Pologne, elle aussi meurtrie, laisse partir des familles qui n’ont plus assez de terre, plus assez de travail, plus assez d’avenir. En France, les mines de potasse d’Alsace recrutent une main-d’œuvre abondante pour soutenir le développement du bassin industriel. Parmi ces familles qui traversent l’Europe, il y a les Sibalski : Jozef, Maryam et leur fils Andrzej.
Leur arrivée à Toul donne le ton. Avant de découvrir la promesse française, ils découvrent l’administration. Dans un hall découpé en bureaux, les migrants passent d’un service à l’autre, soumis aux questionnaires, aux tampons, aux examens médicaux et à l’épouillage. Personne ne les comprend vraiment ; personne ne cherche à les comprendre. La caméra suit ce parcours comme un ballet de dépossession. Les hommes et les femmes qui viennent demander du travail sont transformés en dossiers. Jozef explique que la guerre a détruit sa vie en Pologne. Le fonctionnaire ne retient qu’un charabia étranger.
Lorsque la famille arrive dans la cité minière alsacienne, l’image reprend des couleurs. Pourtant, le monde qui s’ouvre à eux n’est pas encore un foyer. Jozef cherche leur maison avec méfiance. Il sait que cette terre n’est pas la leur et que leur présence n’est tolérée que parce que la mine a besoin de bras. Maryam espère qu’ici la famille pourra oublier les destructions de la guerre. Andrzej, lui, regarde devant. Il lit Sienkiewicz, rêve d’une vie à construire, et veut gagner sa place par le travail.
Autour d’eux, le village observe les nouveaux venus. Deux commères alsaciennes commentent l’arrivée des Polonais avec une drôlerie acide qui révèle les peurs ordinaires. Dans la maison cossue du directeur de la mine, le pouvoir patronal réfléchit à la meilleure manière d’encadrer les associations polonaises. Entre le regard populaire et le regard patronal, les immigrés apparaissent comme une communauté utile, mais suspecte.
Peu à peu, les Sibalski entrent dans la vie de la colonie polonaise. La Soirée Plume, les repas, l’église, les conversations et les fêtes dessinent un monde vivant, chaleureux et marqué par l’exil. Les femmes plument les oies, les hommes boivent et parlent du pays, les enfants jouent, les jeunes se regardent. La communauté se protège par ses rites, sa langue, sa foi et ses souvenirs.
Mais le village porte aussi des frustrations. Fernand Keller et ses compagnons, jeunes Alsaciens travaillés par le chômage, la colère sociale et le rejet de l’étranger, se retrouvent à la lisière de la forêt. Ils ne supportent pas la place prise par les Polonais, ni l’idée qu’une fille du village puisse aimer l’un d’eux. Fernand impose sa violence aux autres. Claude a peur, mais se laisse entraîner.
La rencontre entre Jeanne Mutter et Andrzej devient alors le cœur lumineux du récit. Jeanne refuse les idées toutes faites sur les Polonais. Andrzej voit en elle non seulement un amour possible, mais la preuve que la France peut devenir autre chose qu’un lieu d’exploitation. Sur le terril, dans la douceur du soir, il lui confie ses rêves. Les chevalements de la mine deviennent dans son imagination des donjons ; les lumières des maisons nourrissent l’idée d’une vie simple et heureuse. Le monde réel est dur, mais Andrzej possède encore la force de le rêver.
La Sainte-Barbe, fête des mineurs, donne un instant l’illusion d’une communauté réconciliée. Les stands se montent, les jeunes se croisent, les Polonais et les Alsaciens partagent le même espace. Pourtant, les tensions demeurent sous la musique. La mine unit les hommes par le danger, mais la surface les divise par les origines, la jalousie et les intérêts.
Un soir, Jeanne rentre seule. Fernand, Henri, René et Claude l’interceptent. Ils l’encerclent, l’insultent à cause de sa relation avec Andrzej, la réduisent à sa transgression : avoir aimé un Polonais. Le groupe bascule dans la violence et Jeanne est violée. Le porteur d’eau, repoussé puis caché, assiste à une part de la scène. Le récit se brise.
À partir de ce drame, le village ne cherche pas seulement la vérité : il cherche un coupable compatible avec ses préjugés. Les rumeurs circulent. La direction de la mine, soucieuse de préserver l’ordre et la production, laisse se construire l’hypothèse d’un jeune ouvrier polonais responsable. Andrzej devient une proie idéale. Trois Doigts et le Ksiadz doutent de cette version. L’ingénieur comprend que l’affaire est menacée par les intérêts de l’institution.
Andrzej se réfugie sur son terril. Il pleure, jette son livre, puis revient le ramasser. Ce geste résume son combat intérieur : son rêve est dévasté, mais il refuse de disparaître. À l’hôpital, Maryam rend visite à Jeanne. Elle pleure, demande pardon, craint pour son fils. Jeanne affirme qu’Andrzej n’y est pour rien. La vérité subsiste dans la parole fragile des femmes.
La colonie polonaise se révolte. Devant le chevalement, Félick Mirack dénonce le système qui cherche à sacrifier un innocent pour protéger ses intérêts économiques. On parle de grève. On comprend que cette affaire n’est pas seulement celle d’Andrzej : elle révèle la précarité de tous les immigrés. Ceux que la mine a fait venir peuvent être désignés, expulsés, remplacés dès qu’ils deviennent gênants.
Pendant que les Polonais s’organisent, les vrais coupables se retrouvent à la lisière de la forêt. Claude panique ; Fernand verrouille le silence. La lâcheté devient une seconde violence. Le mensonge prolonge le crime.
Le dernier tiers du film ouvre un autre voyage, celui de Félick Mirack, figure de mémoire et de lucidité. À travers lui, l’exil cesse d’être seulement l’histoire des Sibalski pour devenir celle de toute une génération. Les commères évoquent les listes de départs, les Polonais que l’on veut renvoyer, les vies que l’administration continue de déplacer.
Une explosion survient au fond de la mine. Le puits numéro 7 s’effondre partiellement. Une trentaine d’hommes sont pris au piège. À la surface, le directeur compte les blessés et interroge les causes ; au fond, les ouvriers tentent de survivre avec des moyens dérisoires. Trois Doigts organise l’aide, César cherche des bandes, le porteur d’eau saigne, Jozef est blessé. Les distinctions de surface s’effondrent avec la galerie. Dans la mine, il n’y a plus que des hommes vulnérables, solidaires ou perdus.
Jeanne retrouve Andrzej et l’oblige à revenir vers les siens. Il craint d’être arrêté, mais son père est au fond. L’amour ne l’éloigne plus de la communauté : il l’y ramène. Au pied du chevalement, les blessés sont remontés. Le Ksiadz organise les secours, les femmes apportent pansements et médicaments. Lorsque Jeanne et Andrzej apparaissent, le silence tombe. Le village les regarde autrement.
Les Voyages de la famille Sibalski se terminent sur une ouverture. Rien n’est effacé : ni l’exil, ni la violence, ni l’injustice, ni les morts possibles de la mine. Mais les personnages ont traversé quelque chose qui les oblige à se reconnaître. Le véritable voyage n’était pas seulement celui qui menait de Pologne en Alsace.
Note d'intention
Les « Voyages de la Famille Sibalski » naissent d’un désir de transmission. Le bassin potassique alsacien porte une mémoire ouvrière, immigrée et familiale qui a profondément façonné le territoire. Pourtant, cette histoire reste trop souvent confinée aux récits locaux, aux archives industrielles ou aux souvenirs transmis dans les familles. Le film veut donner un visage, une chair et une émotion à cette mémoire.
Le point de départ est celui d’une famille. Jozef, Maryam et Andrzej ne représentent pas des statistiques migratoires ; ils sont des êtres qui quittent un pays, une langue, des parents, des morts et des habitudes. Ils ne viennent pas en France par goût de l’aventure, mais par nécessité. C’est cette nécessité que le film regarde sans misérabilisme : elle contient de la douleur, mais aussi une immense énergie de reconstruction.
Le titre parle de voyages au pluriel parce que le déplacement géographique n’est que le premier mouvement. Chaque personnage voyage à sa manière. Jozef voyage entre la nostalgie de la Pologne et l’acceptation difficile de l’Alsace. Maryam voyage de la peur vers la compassion. Andrzej voyage du rêve individuel vers la responsabilité collective. Jeanne voyage de l’innocence vers une parole qui refuse le mensonge. Félick Mirack voyage dans la mémoire de l’exil. Même le village voyage, contraint de passer du préjugé à la reconnaissance.
L’histoire d’amour entre Jeanne et Andrzej est au cœur du film, mais elle n’est pas isolée du monde. Elle est politique parce qu’elle traverse les frontières invisibles que le village impose. Elle est poétique parce qu’elle se construit sur un terril, au-dessus de la mine, dans un espace où le réel et l’imaginaire peuvent se rencontrer. Elle est tragique parce qu’elle déclenche la haine de ceux qui ne supportent pas le mélange.
Le viol de Jeanne constitue le point le plus douloureux du récit. Il ne doit jamais être traité comme un ressort spectaculaire. Il est la manifestation extrême d’une violence déjà présente : xénophobie, domination masculine, lâcheté de groupe, peur sociale. Le film s’intéresse surtout à l’après : la rumeur, l’accusation, le silence, la difficulté de réparer, la possibilité de soutenir une victime sans lui voler sa parole.
À travers la mine, le film interroge également la dignité du travail. Les hommes descendent au fond, risquent leur vie, remontent blessés ou épuisés. Le monde industriel a besoin d’eux, mais peut les remplacer, les classer, les renvoyer. La catastrophe finale rappelle que la mine, avant d’être une entreprise, est un lieu où des vies humaines sont engagées.
L’ambition du film est de proposer une fresque populaire, accessible et émouvante, capable de parler à tous les territoires marqués par l’immigration ouvrière.
En racontant les Polonais d’Alsace, le film raconte aussi les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Maghrébins, et toutes les familles venues un jour travailler ailleurs pour offrir une vie meilleure à leurs enfants.
Extrait de la continuité dialoguée
Le Ksiadz sort.
Jozef reprend son journal tandis que la mère continue ses taches ménagères.
La mère met le couvert. Jozef s'impatiente, puis ne voyant pas arriver Andrzej, il prend une attitude de prière. Lui et sa femme bénissent la table.
La mère sert le repas et ils commencent à manger.
Arrive Andrzej.
JOZEF SIBALSKI
Tu as vu l'heure ? Bientôt tu ne rentreras même plus pour manger.
ANDRZEJ SIBALSKI
Je me promenais et je n'ai pas vu le temps passer.
JOZEF SIBALSKI
Tu ne vois jamais le temps passer.
ANDRZEJ SIBALSKI
Tu ne vas pas recommencer !
JOZEF SIBALSKI
Comment cela, je ne vais pas recommencer ! Sache que, ici, dans cette famille, c'est encore moi qui commande. Et j'aimerais, au moins que nous puissions manger ensemble. De plus, demain tu travailles tôt, tu finiras bien par provoquer un accident.
ANDRZEJ SIBALSKI
C'est ce que je disais, c'est reparti.
JOZEF SIBALSKI
Maryam, retiens-moi sinon...
Il lève la main
LA MÈRE
Jozef ! Calme-toi et toi Andrzej mange. Ça va être froid.
ANDRZEJ SIBALSKI
C'est lui qui commence, moi je ne demande rien.
JOZEF SIBALSKI
Tu crois que je n'ai pas remarqué ton petit manège depuis ces derniers temps.
ANDRZEJ SIBALSKI
De quel manège tu parles.
LA MÈRE
Tu vois bien Jozef, je te l'avais dit. Alors pourquoi rentres-tu toujours si tard ?
ANDRZEJ SIBALSKI
Je te le dis, maman, je me promenais du côté des terrils.
ANDRZEJ SIBALSKI
Tu te promenais, tu te fous de nous oui ! Et d'abord avec qui tu te promenais.
LA MÈRE
Mais enfin Jozef, tu ne crois pas que c'est de son âge. Il a bien le droit d'aller courir les filles. À 22 ans, toi aussi tu te promenais et à ce que je me souviens, tu n'étais pas seul.
JOZEF SIBALSKI
Ce n'est pas la même chose. Nous... nous promenions parce que ... nous avions de bonnes raisons. On ne se promenait pas pour batifoler et courir après les filles des autres.
ANDRZEJ SIBALSKI
Les filles des autres, comme tu dis, elles valent bien les nôtres. Personnellement je ne vois pas la différence.
JOZEF SIBALSKI
Il y en a une ! Elles ne sont pas du pays.
ANDRZEJ SIBALSKI
Du pays ! Mais de quel pays ?
JOZEF SIBALSKI
Tu sais très bien de quoi je veux parler. Chacun épouse ses filles. Je te rappelle que tu es ici pour travailler et uniquement pour travailler. Et pas pour faire le beau jeune homme devant les filles en te poudrant comme une jeune pucelle.
LA MÈRE
Matériel de tournage disponible
Aucun
Liens utiles et informations complémentaires
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