Présentation
Pitch
Dans l'œil des sorcières est un documentaire de création de 52 minutes qui permet à quatre Alsaciennes qui se considèrent comme sorcières de montrer leurs expériences magiques avec un procédé créatif qui passe par l'écriture, fil rouge narratif reliant les héroïnes entre elles. Leurs écrits, couplés à leurs gestes quotidiens, transformeront le film en incantation audiovisuelle et invitent les spectateurices à s’émerveiller.
Pour moi, ce film, c’est l’Alsace qui est une terre sorcière et le berceau de sa chasse. C’est invoquer, les prêtresses blanches qui dansaient au sommet des monts en l’honneur des dieux celtes. Raviver les légendes que seule la tradition orale murmure et montrer que les Alsaciennes ont cette magie.
J’ai la volonté d’explorer le surnaturel, « qui ne semble pas appartenir au réel » et qui pourtant peut influer sur notre réalité par le biais du rêve, de l’intuition, de l’hypersensibilité. Je veux montrer cette part d’intime à huis clos qui se cache dans les gestes répétitifs du quotidien. Je veux jouer avec les cycles naturels : les saisons qui passent et le cycle jour/nuit que l’on retrouve dans le registre du merveilleux. Le jour s’ancre dans le réel, tandis que la nuit lève le voile sur l’occulte, le tout avec une esthétique parfois réaliste quand il s’agit de filmer les sorcières, parfois onirique, quand il s’agit d’évoquer ce qui est de l’ordre de la magie. En superposant par exemple des mises en scène avec des images naturelles.
Je suis actuellement accompagnée par la réalisatrice Claudia Marschal via le mentorat du Collectif 50/50. Mon ambition est de trouver un·e producteurice afin de poursuivre l'avancement de ce projet.
Postes recherchés
À définir.
Matériel et accessoires recherchés
À définir.
Dates et lieux de tournage
À définir.
Stade actuel d'avancement
Ce projet s’accompagne de 70 pages de notes de recherche consignées dans un document word. Ces notes s'appuient sur divers supports comme des livres historiques, des légendes locales, des podcasts féministes ou des œuvres du grand écran.
En parallèle, je suis partie à la recherche de mes protagonistes dans toute l’Alsace pour retenir une vingtaine de profils. Certaines ont d’ores et déjà attiré mon attention comme par exemple Apolline, 29 ans, barbière le jour et effeuilleuse burlesque la nuit.
Synopsis
Dans l'œil des sorcières est un documentaire de création de 52 minutes qui nous questionne sur la place de la sorcière dans notre société moderne. Ce film accompagnera quatre Alsaciennes d'âges et de modes de vies différents dans l'écriture d'une formule magique dont elles seules ont le secret. Cette incantation audiovisuelle est une ode à l’ouverture d’esprit, au surnaturel, à l’émerveillement et à la sororité. Après tout, selon un slogan féministe : « Nous sommes toutes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas brûlées. »
Note d'intention
Rêve ou réalité ? Mon désir d’écrire sur les sorcières
Trois heures du matin, je suis couchée, immobile dans le lit. De mon petit studio, je vois l’entièreté de la pièce. Malgré l’obscurité, je discerne un faisceau lumineux qui s’échappe du Judas de la porte. Curieuse, je m’approche. Là, je vois un œil d’un brun intense me fixer. Des symboles cabalistiques s’incrustent sur ma cornée. Ils se baladent sous mes yeux comme des persistances rétiniennes. Je me réveille.
Cela faisait quelques mois que je cherchais des informations sur les sorcières d’Alsace. Elles me sont venues en rêve. Cette partition, qui s’était toujours jouée silencieuse en moi, s’est révélée comme une idée fixe : je dois réaliser un documentaire sur les sorcières modernes qui vivent en Alsace.
Déjà, quand j’étais enfant, je voyais la magie partout. Je fermais les yeux et je manipulais les éléments. J’écrivais aux fées, ces sorcières de poche, créant de minuscules lettres que je cachais soigneusement dans mes plantes d’intérieur. Comment vivre autrement ? Surtout quand on grandit entourée de figures maternelles fortes, indépendantes et autonomes. Grand-mère maternelle, tantes, mère, sœur, sont tour à tour surnommées « sorcières » par mon frère. Par extension, mon ex belle-mère se considérait même carrément comme l’une d’entre elles. Elle m’a confié que chaque année, elle posait une gerbe de fleurs en dessous des tours où ces femmes étaient torturées.
L’Alsace, berceau de la sorcellerie
J’ai toujours vécu en Alsace. Grande adepte de randonnées, j’ai sillonné ses vallons en quête de connexion avec la nature. La première chose qui m’a frappée, c’est le nombre incalculable de lieux qui portent le préfixe « Hexe », la « sorcière » en langue germanique. Chaque mont, trou, pierre, rocher, table porte la trace de son héritage. Dans tout ce champ lexical merveilleux, c’est sans doute « l'œil de la sorcière » de Thann, qui m’a ensorcelée. Cette tour de château effondrée, couchée sur son flanc, rappelle une pupille qui vous fixe comme Sauron dans l'œuvre de Tolkien.
La seconde chose qui a suscité mon excitation, ce sont toutes les légendes locales de sorcières qui peuplent ce climat rhénan, au carrefour de l’Europe : Dame Itta épouse du comte de Lutzelbourg faisait pleuvoir des orages ; Anne-Marie de Munster était si belle que les juges durent détourner leur regard pendant son procès ; Marie de Riquewihr repoussa un siège ennemi en hurlant à la mort. Derrière chaque conte, se cache une femme hors normes.
Je me passionne pour l’histoire de la sorcellerie alsacienne. Et c’est à ce moment-là que je déchante. Car, qui dit « terre de sorcellerie », dit « berceau de la chasse aux sorcières ». L’historien contemporain Jacques Roehrig identifie environ 1600 victimes connues. Et pour cause, le Marteau des sorcières, manuel de torture et best-seller de l’époque (écrit par un Alsacien) a été imprimé à 30 000 exemplaires. À la lecture de ces chiffres vertigineux, je suis en colère. J’ai ce besoin de montrer l’héritage de celles qui ont perdu la vie, celles qui ont été victimes d’injustices, celles qui ont été abandonnées par la société civile. Et quoi de mieux pour cela que de mettre en lumière leurs descendantes. Car selon le slogan féministe : « Nous sommes toutes les filles des sorcières que vous n’avez pas brûlées. »
Redonner la parole aux sorcières d’aujourd’hui
Ce documentaire de création propose de partir à la rencontre de quatre sorcières modernes hautes en couleur. Ces femmes possèdent un savoir millénaire qu’elles ne demandent qu’à partager à celles qui tendent l’oreille. Afin de provoquer le destin, je les suivrai dans leur quotidien : leur travail, leurs hobbies, leurs relations, leur croyance et leurs pratiques.
J’ai rencontré une vingtaine de « sorcières modernes ». Mon choix n’est pas encore tout à fait arrêté sur celles qui habiteront le film. Mais voici quatre portraits succincts de femmes qui ont d’ores et déjà retenu mon attention :
Apolline, 29 ans, est barbière à Obernai. Sa parole est douce, son rire sonore, son geste précis. Sous son allure de pin-up se cache une sataniste. Son corps devient un outil d’empouvoirement. Pleinement consciente de son potentiel, elle se transforme en danseuse burlesque à la nuit tombée et s’émancipe dans la vie nocturne.
Baba Yaga, la cinquantaine, les cheveux drus et grisonnants, fouille dans ses tiroirs magiques : mousses, os, cadres, insectes, pierres. Cette nature lui vient des chemins de randonnée qu’elle parcourt à longueur de journée à proximité d’Orbey. Lorsqu’elle redonne vie à ces matériaux bruts, tout s’aligne parfaitement. C’est comme si une voix intelligible lui dictait l’emplacement de chaque pièce.
Mina Mond, 51 ans, sait allier art et spiritualité. Toujours en noir, crâne rasé et ultra tatouée, cette illustratrice d’art naïf est née avec une malformation cardiaque rare. Ses coups de pinceaux sont autant de contre-sorts contre sa condition fragile. Sa créativité apparaît comme des illuminations lors de marches et d’écoutes musicales. Son lien spirituel est renforcé par la pratique du tambour chamanique qu’elle personnalise elle-même.
Ceulin et Angie, la trentaine, sont amies à la vie comme au travail. Tatoueuses à sur Colmar, elles sont membres de l’association Sœurs d’Encre. Elles habillent les poitrines et les cicatrices des survivantes de’un cancer du sein, les aidant à se sentir belles et puissantes.
La pluralité de la sorcière
Ce qui m’intéresse dans la figure quasi-mythique de la sorcière, c’est qu’elle a cette force polysémique à la fois jeune et âgée, belle et hideuse. Elle peut guérir ou tuer, sauver ou maudire, partager son savoir ou garder son jardin secret, vivre parmi les foules ou en marge de la société. Elle est un puits de science primitive, dure, occulte. Cette pluralité, je l’ai lue dans les contes alsaciens où fées et sorcières sont deux faces d’une même pièce : celle de la prêtresse païenne qui officiait sur les sommets des monts en l’honneur des dieux celtes ; et transformée en reine de sabbat par la religion chrétienne.
J’ai envie de jouer avec les archétypes de la sorcière en les faisant s’écrouler. Vous trouvez que cette fille est superficiellement belle ? C’est elle qui vous manipule. Vous pensez que cette femme a des croyances désuètes ? Elle en sait plus que vous sur l’histoire de la sorcellerie et des rites païens. Dans les contes merveilleux, les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. Qui sait, un chat cache peut-être l’ombre d’une sorcière… J’aimerais réhabiliter l’image de la sorcière en créant cette zone grise afin de rétablir de créer l’émerveillement. Et pourquoi pas, d’inspirer toutes les générations.
L’importance du cycle naturel
J’envisage mon film dans cette dualité, qui fait écho au cycle naturel du jour et de la nuit. Le jour étant le masque social ancré dans le présent que portent les femmes dans leur vie sociale. La nuit quant à elle, est cette part d’intime, d’occulte et de secret qui s’appréhende dans les ombres et dans les recoins de l’âme, signifié par les yeux de mes protagonistes. Car là où la voix peut trahir, l’âme ne ment pas. La nuit, c’est aussi la communication avec les esprits. Ce passage lève le voile sur des œuvres féministes qui me tiennent à cœur. Archives, textes, extraits de films ponctueront le film afin d'exprimer ma vision des grandes thématiques que ce film aborde. À savoir : le corps des femmes, la spiritualité, l'écoféminisme et la santé mentale. Par exemple, la Danse de la sorcière interprétée par Mary Wigman se fondra à la chorégraphie d’Apolline lorsqu’elle foulera la scène de son spectacle burlesque, signifiant la menace qui rode autour de l’image de la femme fatale.
Le cycle naturel, c’est aussi le parti-pris d’un film au long cours qui traverse les quatre saisons, clin d'œil à la « Roue païenne », soit le calendrier des fêtes celtes de l’année :
- L’été, c’est cette période d’exaltation festive, des grosses chaleurs et des feux forestiers ; j’y vois un parallèle avec les bûchers des sorcières.
- L’automne avec son heure dorée, possède cette aura surnaturelle. Dans la tradition orale, c’est le moment propice pour communiquer avec les défunts.
- L’hiver est l’heure de l’introspection, de la résolution de nos combats intérieurs. Là où la nature se fige, l’âme évolue.
- Le printemps, c’est le renouveau, le retour de la faune et de la flore, c’est là où l’acte créatif est le plus prolifique.
Les lieux
Historiquement, l’Alsace est un territoire au croisement de l’Europe, disputé entre deux feux : le royaume de France et le Saint-Empire romain germanique. Cette terre celte a également été conquise par la religion chrétienne. C’est d’ailleurs une bulle pontificale, document officiel du Pape Innocent VIII, qui y autorise la chasse aux sorcières. C’est parce que cet héritage est d’autant plus important dans ma région, que l’ancrage local occupe une part primordiale dans mon récit documentaire, dont voici les lieux :
- Les lieux quotidiens posent un cadre concret à la narration. Ils représentent le monde réel et contemporain. Ils sont le biotope parfait d’observation des sorcières. Cela peut être leur lieu de travail, d’activité comme le Speakeasy barbershop pour reprendre le cas d’Apolline.
- Les lieux sacrés sont un pas vers un passé méconnu, celui des cultes celtes qui fleurissaient au sommet des montagnes comme c’était le cas pour le Grand Ballon d’Alsace ou pour le Donon. Ils sont souvent associés à des hauts lieux d’énergie par les magnétiseuses et les sourcières. Ils peuvent de même être associés à la sorcellerie et représentent encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif des lieux de rencontre des sorcières pendant le sabbat, cette fête nocturne où les convives dansent avec le diable.
- Les lieux culturels sont quant à eux les vestiges encore fumants des anciennes croyances. À Offwiller, le « Schieweschlawe » est un disque enflammé lancé dans les airs par les habitant·es pour célébrer l’équinoxe du printemps.
Extrait de la continuité dialoguée
Les sorcières écriront chacune un texte qu’elles liront à voix haute. La puissance de leurs mots combinée au pouvoir des images fera office de formule magique audiovisuelle. Ici un extrait de la séquence avec Apolline : « Mon pouvoir, c’est ma voix qui se réchauffe et baisse dangereusement lorsque je lui réponds. Mon pouvoir, c’est la mèche de cheveux qui danse devant mes yeux et que je repousse doucement du bout des doigts. Mon pouvoir, c’est ma main qui s’attarde sur son épaule que je ris avec un empressement naturel à ses remarques. Mon pouvoir, c’est ma naïveté feinte, saupoudrée de répliques vives. Mon pouvoir, c’est lui qui pense contrôler la situation. Mon pouvoir, c’est moi. Mon habileté à obtenir ce que je veux des êtres qui se laisseront aller à mes charmes et sortilèges. Je suis puissante et terrible. Et le jour où j’en prends conscience et que j’ose m’en servir, je suis invincible. »
Matériel de tournage disponible
À définir.
Liens utiles et informations complémentaires
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Remerciements
Merci à Claudia Marschal pour son accompagnement et au collectif 50/50 de mettre en lien des jeunes réalisateurices et des mentor·es.