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La note d’intention : pour quoi faire ?

Quatrième article de notre série consacrée à l’écriture scénaristique. Cliquez ici pour découvrir les précédents.

Par Marine Gral, consultante scénario en région lyonnaise.

Comme le scénario ou le synopsis, la note d’intention est un outil de travail important. Il s’agit le plus souvent d’une lettre, relativement personnelle, que l’auteur adresse à ceux qui pourrait s’intéresser au projet. C’est donc un des éléments principaux qui servira à tenter de convaincre un producteur de financer la production du film par exemple. En effet, pour compléter le scénario et donner à voir sa vision du film, le scénariste a tout intérêt à présenter son projet à l’écrit par le biais de la note d’intention.

Elle peut ainsi servir de porte d’entrée pour un producteur, mais c’est aussi vrai pour ceux qui choisissent l’autoproduction, car les comités de sélection de Festivals, et les commissions qui accordent les subventions, s’appuient aussi sur ce document. Le plus souvent, lorsque l’on remplit un dossier pour demander une aide (au CNC, à une collectivité locale ou une région, à une chaine de télévision…), la note d’intention est une des pièces principales qui est demandée. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’un scénario étant un document finalement plutôt formel et factuel, il est bon de l’accompagner d’un texte plus libre, permettant au scénariste d’exprimer son point de vue tant artistique que sur le plan technique. On peut pousser plus loin en disant que pour un même scénario, plusieurs films pourraient voir le jour ; ils raconteraient certes la même histoire, mais pourraient avoir une ambiance totalement différente selon les envies de l’auteur : l’un en noir et blanc sans aucune musique, un autre muet avec des cartons pour les dialogues et des couleurs très vives. Évidemment ces exemples sont un peu extrêmes, toutefois, sans les indications précises de l’auteur sur son futur film, comment percevoir sa vision ? Ne vous êtes-vous jamais fait la réflexion, devant un écran de cinéma : « ça je ne l’aurais pas vu/réalisé/mis en scène/éclairé/filmé comme ça »[1] ? Personne ne peut entrer dans la tête de l’auteur et voir le film qui s’y joue lorsqu’il l’écrit. Ainsi, lorsqu’un réalisateur prend le relai sans avoir écrit lui-même un scénario, il peut, grâce à la note d’intention, mettre en images la vision du scénariste.

Rédiger une note d’intention est un exercice qui peut s’avérer laborieux, c’est bien souvent la bête noire des scénaristes. Elle doit être construite, claire, bien rédigée et présentée, des points qui semblent évidents et qui sont pourtant souvent négligés. Il ne s’agit pas de résumer le scénario, bien que quelques lignes puissent situer le contexte de l’action du film. Plutôt que des tartines indigestes, un texte court et divisé en plusieurs points (les titres peuvent s’avérer utiles pour le structurer et guider le lecteur suivant les thèmes évoqués) montre immédiatement le recul qu’à l’auteur sur son projet et ses capacités à le mener plus loin. Le scénario doit évidemment être compréhensible en lui-même – la note d’intention n’est pas une explication de texte, une notice, ou un manuel d’utilisation –, mais certains points peuvent tout à fait être éclairés un peu plus (les rapports entre les personnages, leur caractère, le choix d’une héroïne plutôt que d’un héros par exemple). Le thème du film et son genre sont en revanche des éléments qui trouvent leur place dans la note d’intention, cela permet à l’auteur de justifier le traitement de l’histoire qu’il a choisi de mettre en place (dramatique, comique, sombre, joyeux…). Cela peut aussi être le bon moment pour évoquer de potentielles sources d’inspiration ou des films à l’ambiance similaire, pour donner au lecteur des exemples concrets de l’atmosphère envisagée. Enfin, il peut être intéressant (mais pas indispensable) de montrer qu’une réflexion a été menée sur le type de publics qui pourraient être intéressés par le film.

Outre une présentation du projet, de ses inspirations, références et/ou de ses sources (actualité, histoire personnelle, inspirations littéraires…), la note d’intention doit comprendre quelques éléments indispensables que ce soit sur le fond ou la forme du futur film, comme des indications sur le son, le montage, l’image… L’auteur n’a pas besoin de détailler chaque thématique, car il aura l’occasion de développer ses choix par la suite, une fois le travail engagé avec le producteur. D’autant que certaines de ses prévisions (ou désirs) ne seront pas forcément possibles à mettre en place, souvent pour des questions de budget. Il faut néanmoins donner une bonne idée du traitement de l’image : comment le projet sera filmé (caméra très mobile/caméra fixe, nombreux travellings, échelles de plans…) ? Quels sont les éclairages envisagés (lumière naturelle/artificielle…) ? Y aura-t-il un travail particulier de la couleur ? Quels décors sont prévus (studio/intérieurs/décors naturels) ? De même pour le jeu des acteurs et la mise en scène : Quelle sera la mise en scène ? Quels acteurs sont envisagés (attention à être réaliste). Et enfin, donner une idée de ce que pourrait être le montage du film.

 Les points à aborder concernant l’univers ou l’ambiance peuvent être nombreux et il ne faut pas non plus que la note d’intention ne devienne une énumération de termes techniques, rendant le texte indigeste ; ce n’est pas non plus un découpage technique. Elle doit contenir juste assez d’informations pratiques pour éclairer sur les moyens nécessaires à la réalisation du film, mais aussi des éléments artistiques (cinématographiques) justifiés par l’auteur. Il faut également retrouver une certaine cohérence globale des choix pour montrer qu’on ne « part pas dans tous les sens », mais que le projet est sur des rails solides, que l’on a une idée claire et réalisable en tête. Elle est donc d’autant plus essentielle que les producteurs (entre autres) reçoivent des centaines de scénarios et ne se lanceront pas dans un projet flou qui ne semble pas abouti dans l’esprit de son créateur. Grâce à son expertise, le producteur, en lisant la note d’intention, doit être capable d’imaginer le budget approximatif du film et de décider s’il veut rencontrer l’auteur pour peut-être collaborer. Ce document permet également (je dirais même surtout) à l’auteur de justifier ses choix. S’ils semblent osés ou opaques, c’est le moment de les argumenter, de défendre ses idées, sa vision. Bien souvent, pour arriver à se faire une idée rapide d’un projet, le producteur ne pourra lire que le synopsis et la note d’intention. Il s’agit donc d’être convaincant, précis et, pourquoi pas, original.

De nombreux sites proposent des exemples de notes d’intention types qui peuvent aider pour débuter. Mon conseil est surtout de rester simple et soi-même – il s’agit d’une première prise de contact, au même titre qu’une lettre de motivation par exemple, autant se montrer tel que l’on est. Une seule page bien rédigée et qui montre clairement que l’auteur maitrise son scénario, l’a réfléchi et est prêt à passer à l’étape suivante est bien suffisante, plutôt qu’un exposé en vingt points sur un sujet d’actualité qui a vaguement inspiré le récit. Ce document n’est pas un pamphlet politique, pas non plus une œuvre poétique, ni un examen scolaire (dissertation). Il doit souligner la maturité du projet et de son créateur par rapport à lui. Il va sans dire que cette lettre ne doit être rédigée que lorsque l’auteur estime que son scénario en est à la dernière version (ce qui, si vous avez lu mes précédents articles, n’est jamais vrai, puisque le scénario est amené à changer tant que la production n’est pas achevée). Et comme toujours, faites relire votre note d’intention pour éliminer les fautes et les incohérences qui font mauvais effets lors de la lecture !


[1] C’est d’autant plus vrai dans le cas d’une adaptation.


L’auteure

Marine Gral est membre du « comité de lecture de scénario » de l’association L’Accroche Scénaristes (Lyon) et de son Conseil d’Administration. Passionnée depuis toujours par le cinéma, elle est diplômée d’un Master Arts de l’écran et d’un Master professionnel en Coproduction internationale d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (Université de Strasbourg). Grâce à ses connaissances théoriques et pratiques (lecture de scénarios et analyse de films, rédaction et composition de dossiers de demande de subvention), elle souhaite tout particulièrement aider les scénaristes dans leur processus de création (relecture, réécriture, travail de script doctor), mais aussi les guider dans la composition de leur dossier de production.

Préparatifs de rentrée… – L’édito de la newsletter #4

Le mois d’août se termine, et LabFilms poursuit sans ralentir la préparation de sa fameuse plateforme collaborative, dont nous vous parlons sans modération.
Mais préparer une plateforme, ça veut dire quoi au juste ?
C’est déjà imaginer une interface, puis la réaliser graphiquement, tarifer le développement informatique, convaincre des partenaires et bien sûr réunir des financements.

Les trois premières étapes sont à un stade avancé, car elles sont de fait réalisables en interne. Les deux suivantes impliquent en revanche une action mobilisatrice sur la durée, que nous avons pris à bras le corps depuis plusieurs dernières semaines.

Sur le versant public, LabFilms édite ainsi une newsletter, produit des portraits vidéo, et publie des articles de blog autour de la création audiovisuelle spontanée et pré-professionnelle. Sur le versant institutionnel, nous poursuivons notre action partenariale auprès de diverses structures actives dans la médiation ou la création audiovisuelle en régions. Vous pourrez d’ailleurs les découvrir dans une section dédiée sur labfilms.org très bientôt !

Notre objectif, que l’on ne se lasse pas de répéter : fédérer les acteurs en place, et tenir compte des initiatives existantes pour proposer une interface web partagée et utile au plus grand nombre.

Et puisqu’il faut bien se lancer à un moment, nous avons fixé la date de démarrage de la campagne de financement participatif au mois d’octobre. Elle se fera sur Ulule, et croyez-bien que nous vous en tiendrons bien informés !

D’ici-là, nous avons besoin de vous en continu pour faire connaître LabFilms autour de vous et propager avec nous le projet ! (Astuce du chef : vous pouvez inviter vos amis Facebook à aimer la page de LabFilms via un bouton prévu à cet effet)
C’est par un effort commun que ce projet à but non lucratif pourra se voir concrétisé ! ✊

Pour une plateforme sur mesure pour vos projets, pensée par des créateurs pour les créateurs.

Du cinéma mais par en bas ! – La sélection de Rock # 4

Toutes les deux semaines, Rock Brenner met en avant pour LabFilms une sélection de films auto-produits qui valent le détour !

 


HYPERCOOL des Hyperartistes
De l’électro, de la neige, des cascades en bagnole et des suisses !


YHOOPLABOUM de Chicken Chris
Du hula hoop sur une musique de RJD2 ; il n’y a rien à dire de plus, si ce n’est que le montage est vraiment classe.



BAROUF A LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE de Matthieu Moerlen
Le grand cinéaste Damien Blanc n’a pas droit à sa rétrospective à la cinémathèque française. La cinémathèque préfère montrer ce qu’on a déjà vu mille fois, alors Damien Blanc organise une manifestation.

Écrire un scénario : la chasse aux incohérences !

Par Marine Gral, consultante scénario en région lyonnaise

La dernière fois, j’ai évoqué la forme et le fond (l’histoire, le récit, l’intrigue) d’un scénario. Afin de compléter les pistes déjà abordées, mon conseil suivant est de toujours garder en tête que la crédibilité et la cohérence de la narration sont des éléments clés de l’écriture scénaristique. Nous avons vu, par exemple, qu’il était facile de perdre un lecteur dans des formulations trop floues (omettre des détails qui seront visibles à l’écran, mais pas à la lecture) ou encore en mettant trop en avant le genre (laisser volontairement des trous dans la narration pour créer un effet de suspense). Cela entraine évidemment des problèmes de compréhension, mais aussi souvent de crédibilité ou de cohérence. Pour donner un autre exemple à ce sujet, prenons le cas d’un scénario qui commencerait comme un drame et qui glisserait trop abruptement dans un tout autre genre. Si la césure est trop nette, le lecteur aura l’impression de lire deux histoires différentes qui ne s’accordent pas (idem à l’écran pour le spectateur) et si elle ne l’est pas assez, le fait d’osciller entre deux genres risque de multiplier les incohérences et nuire à l’homogénéité du récit. Il est vrai que beaucoup de films mêlent les genres et les combinent parfois en une forme hybride : on peut alors parler de sous-genres. C’est le cas du thriller d’anticipation, entre autres, qui mêle science-fiction et thriller (et pourquoi pas fantastique), comme par exemple Minority Report de Steven Spielberg (2002), pour ne citer que celui-ci. Le tout est que ce « glissement » soit cohérent ou bien que les deux genres soient, dès le départ, entremêlés de manière homogène (c’est souvent le cas pour les dystopies[1]). D’ailleurs, beaucoup de films de science-fiction sont aussi des films d’action et cela semble tout naturel à l’écran comme à l’écrit. Cependant, tous les mélanges ne fonctionnent pas. La maîtrise d’un seul genre étant assez ardue, il n’est peut-être pas indispensable de se compliquer la vie à tenter d’en dompter plusieurs d’un coup. L’auteur aura certes le droit de défendre son parti pris et ses choix, dans une note d’intention notamment (je reviendrai sur ce point prochainement), mais le cinéma français a cette curieuse habitude de mettre les films dans des cases. Ainsi, peu de producteurs se risqueraient à miser sur un film qui jouerait sur plusieurs tableaux, sans en assumer un seul entièrement[2].

Pourtant, confrontés à leur ordinateur ou à leur feuille blanche, nombreux sont les scénaristes qui, se laissant portés par diverses influences, pensent pouvoir fusionner les genres et les styles en un tout révolutionnaire, le prochain gros succès du cinéma ! Il est indispensable de canaliser les nombreuses sources d’inspiration dont nous sommes inondés, afin de n’en tirer que le meilleur et ne surtout pas tenter de recréer son film préféré. Regarder des films, quel que soit leur genre, est indispensable pour se forger à la fois une culture cinématographique solide, mais aussi pour se donner les armes nécessaires à l’écriture d’un scénario. Certains préféreront voir de tout, passant en revue les grands classiques (conseillés par un professeur ou par certains ouvrages) comme les nouveaux blockbusters, d’autres ne regarderont que les films de tel genre ou de telle époque. Il n’est pas nécessaire d’avoir tout vu pour écrire – et j’étendrai cela également aux ouvrages traitant de l’écriture scénaristique, car il n’est pas non plus obligatoire de les avoir tous lus. En revanche, pour les dévoreurs de films et les accros aux séries (américaines notamment), il est bon d’éviter les erreurs qui vous sont directement inspirées par ceux-ci : les parents ne laissent pas forcément leurs adolescents sortir tous les soirs de la semaine jusqu’à pas d’heure ; en France une batte de baseball n’est pas un objet très courant ; les courses poursuite à 200km/h en plein centre-ville sont rares ; les jeunes ne sont pas habillés (coiffés et maquillés) comme des gravures de mode au lycée… Ces détails, qui peuvent paraître anecdotiques, sont susceptibles faire tiquer votre lecteur, car ils briseront la cohérence générale de l’intrigue. Si ces éléments semblent logiques, voire banales, dans une série ou un film américain, il faut penser à les adapter au lieu où se déroule votre intrigue, ainsi, bien évidemment, qu’à l’époque choisie pour planter votre décor[3]. Plus votre scénario est bien construit, riche en détails, avec une intrigue forte et des personnages profonds, plus votre lecteur remarquera ces petites failles. Sans qu’il s’agisse de fautes graves, elles pourront autant amuser le spectateur que l’irriter. Le risque le plus grand étant qu’il finisse par se lasser de ces éléments maladroits qui le font sortir de la narration.

De même, les actions de vos personnages, comme leur caractère ou détails physiques, doivent être crédibles et harmonieux. Si l’un d’entre eux est présenté comme étant colérique et capricieux, par exemple, il faut veiller à ce que ces traits se retrouvent et, au mieux, servent l’action une ou plusieurs fois. En effet, le lecteur (et spectateur) ne sera pas spécialement intéressé de savoir que le héros est gaucher si cela ne se voit pas ou ne sert pas dans le film. Il ne faut pas pour autant basculer dans l’effet pervers inverse, car étoffer un personnage de fiction à l’aide d’éléments précis contribue à lui apporter plus de profondeur et donner l’impression qu’il s’agit d’une véritable personne, avec des multiples facettes, des défauts et des qualités… Un personnage est également censé évoluer au fil de l’intrigue et changer : il y a l’évolution naturelle, si l’action se déroule sur plusieurs années, liée à l’âge, aux apprentissages de la vie ; il y a aussi l’évolution morale ou psychologique liée à ce qu’il apprend grâce à l’histoire, en résolvant les principaux conflits et en atteignant ses objectifs notamment. Certains scénaristes choisiront de mettre en scène un méchant (voleur, meurtrier…), qui le restera jusqu’au dénouement, ce qui n’exclue pas qu’il évolue au cours du récit (il peut faire l’apprentissage de la culpabilité, comme sombrer dans une folie meurtrière sans espoir de rédemption). L’écueil inverse, que l’on retrouve souvent dans les séries télévisées, est le changement presque total de personnalité d’un protagoniste, sans évolution progressive, entre une saison et la suivante, ou pire, d’un épisode à un autre ! Afin d’éviter ce genre d’erreur qui nuira beaucoup à la cohérence du récit et à la crédibilité du personnage (pouvant aller jusqu’à une impossibilité de s’identifier à lui pour le spectateur), il peut être bon de prendre note de tous les traits de caractère évoqués au cours de la narration, ainsi que des spécificités physiques, dans un carnet par exemple (bible des personnages), qui pourra être consulté et complété à tout moment et aidera l’auteur à garder un cap clair dans l’évolution de ses protagonistes.

En bref, si tous les choix peuvent en principe être justifiés par l’auteur, encore faut-il qu’ils soient conscients – ce qui n’est pas si évident que ça. Il peut arriver qu’un scénariste souhaite au départ que son protagoniste soit très rigoureux et méthodique, par exemple, puis qu’un passage le montre particulièrement brouillon et peu organisé. Soit le contexte le permet, à un moment donné, car il a connu une réelle évolution dans son comportement, soit c’est une incohérence et il faut trancher entre l’un et l’autre – le descriptif écrit du personnage peut alors être particulièrement utile. Idem en ce qui concerne le genre. On peut vouloir au départ écrire un drame, puis s’apercevoir qu’on est en train d’en faire une comédie (pour schématiser). Soit cela est facilement corrigeable en alliant dès le début les deux genres (comédie-dramatique) ou en les faisant glisser de l’un à l’autre intelligemment, soit un choix est nécessaire et donc un travail de réécriture est inévitable. C’est encore une fois les nombreuses relectures qui vont permettre de corriger ces petites erreurs très fréquentes.

Je ne le répèterais jamais assez : faites relire votre scénario !

 


[1] L’univers d’une dystopie dépeint étant imaginaire – bien que pouvant avoir comme point de départ une société humaine proche de la nôtre – des éléments fantastiques ou de science-fiction peuvent ainsi tout à fait côtoyer une intrigue dramatique ou policière, du moment que le film les présente comme étant « vrais » au sein de cet univers. C’est le cas des mutants dotés du don de précognition de Minority Report qui peuvent voir les crimes avant qu’ils ne se passent par exemple. C’est un fait donné par le film et sur lequel l’intrigue est basée.

[2] Évidemment, cela ne vaut que pour les associations de genres qui ne fonctionnent pas et non, par exemple, pour les comédies dramatiques ou encore les drames historiques qui sont des sous-genres communs.

[3] À moins que vous ayez décidé d’écrire une parodie de film américain ou une forme d’hommage. C’est le contexte qui déterminera la crédibilité de ces détails.


L’auteure

Marine Gral est membre du « comité de lecture de scénario » de l’association L’Accroche Scénaristes (Lyon) et de son Conseil d’Administration. Passionnée depuis toujours par le cinéma, elle est diplômée d’un Master Arts de l’écran et d’un Master professionnel en Coproduction internationale d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (Université de Strasbourg). Grâce à ses connaissances théoriques et pratiques (lecture de scénarios et analyse de films, rédaction et composition de dossiers de demande de subvention), elle souhaite tout particulièrement aider les scénaristes dans leur processus de création (relecture, réécriture, travail de script doctor), mais aussi les guider dans la composition de leur dossier de production.

LabFilms.org, pour une plateforme commune au service des créateurs de l’audiovisuel

LabFilms est avant tout un projet collectif, porté par une équipe de passionnés de création cinématographique et vidéo. Réunis sous forme d’association, nous travaillons depuis des mois à la création d’une plateforme web collaborative dédiée spécifiquement à la création audiovisuelle autoproduite. Un espace et outil Commun pensé par des créateurs pour les créateurs, au service de l’émergence des talents, du développement des réseaux collaboratifs et de la professionnalisation.

Nous œuvrons à ce que cette plateforme se présente comme un écosystème complet pour la création audiovisuelle. Elle combinera pour cela, d’une part, un réseau social collaboratif pour mettre en relation et réunir des passionnés autour de projets de films, et d’autre part, un espace de diffusion permettant d’exposer et de valoriser les productions des utilisateurs.

On peut résumer le projet LabFilms à trois engagements fondamentaux :

  1. La mise en réseau des créateurs de l’audiovisuel (tous postes confondus),
  2. La mise à disposition d’outils de gestion de projet et d’espaces collaboratifs en ligne,
  3. Et enfin la valorisation éditoriale des films via l’attribution de différents labels de qualité.

Tout cela, avec l’objectif systématique de favoriser le partage d’expériences et la transmission de compétences entre les utilisateurs. C’est pourquoi d’ailleurs différents espaces participatifs seront mis en place pour favoriser les échanges collectifs et la formation individuelle : des espaces de conseils sur les différents projets, un forum d’entraide, et surtout un catalogue de ressources pédagogiques alimenté par la communauté elle-même.

D’une certaine manière, LabFilms veut redonner du sens au participatif sur le web et c’est une ambition fédératrice qui nous guide véritablement dans ce projet.

Celui-ci se présente comme une réaction face à un certain éparpillement des réseaux collaboratifs, des talents qui les constituent, et des ressources qui vont avec. C’est une réaction aussi pour donner un certain crédit à une création autoproduite, ou guérilla, ou pro-amateur, qui peut avoir d’immenses qualités mais qui est de fait totalement indistincte et noyée dans l’environnement surchargé des grandes plateformes.

Nous avons donc constaté le besoin d’un nouvel espace de partage et de mise en réseau, qui serait pensé aussi bien comme un atelier numérique que comme une vitrine pour les créateurs autoproduits. Une vitrine, mais aussi une passerelle. Une passerelle vers la création professionnelle pour ceux qui souhaitent faire de leur passion leur métier. Car le moment de transition entre monde amateur et monde professionnel constitue un enjeu décisif et un moment délicat pour tous les jeunes diplômés de cinéma et audiovisuel, et encore plus en régions. Nous en faisons nous-mêmes partie !

Pour intégrer un milieu professionnel, il faut non seulement se former, mais aussi et surtout être capable de développer un réseau. LabFilms veut offrir la possibilité de faire les deux à la fois, par la pratique. Ce projet existe donc aussi pour permettre à chacun de construire sa propre voie dans un milieu particulièrement diversifié en termes de métiers et de segments créatifs.

Si, comme nous, vous êtes un passionné de création audiovisuelle, et que vous partagez nos valeurs et nos ambitions, montrez-nous votre soutien en rejoignant la communauté LabFilms via notre page Facebook et notre newsletter ! Un financement participatif se profile à l’automne, pour faire ensemble de ce projet une réalité partagée !

Parcourez labfilms.org pour découvrir tous les détails de la plateforme, ses fonctionnalités prévues et les visuels de l’interface future.

Le réseau s’anime ! – L’édito de la newsletter #3

L’été est beau, la France est championne du monde de foot et LabFilms poursuit jovialement son action pour fédérer créateurs et médiateurs divers autour de son projet.

Si la mission première de l’association est bien de lancer une plateforme web collaborative, notre but est aussi de dépeindre les réseaux créatifs de l’audiovisuel en régions, afin de les rendre plus lisibles et plus accessibles à ceux qui espèrent à terme s’y insérer. Le projet LabFilms existe en effet aussi pour permettre à chacun de construire sa voie dans un milieu particulièrement diversifié en termes de métiers et de segments créatifs.

C’est pourquoi nous avons lancé une série de portraits vidéo consacrés à différentes personnalités régionales de l’audiovisuel sous toutes ses formes, professionnelles comme amateures. Vous pourrez dans cette newsletter découvrir le second portrait, et deux autres sont déjà en cours de montage !

A travers ces portraits en série – pour le moment limités à la région Grand Est – nous souhaitons proposer une approche singulière du paysage composite du cinéma et de l’audiovisuel, entendu au sens large.
Car le cinéma et l’audiovisuel, c’est certes la fabrication des films en elle-même et les dizaines de métiers qu’elle mobilise, mais c’est aussi leur diffusion et toutes les activités de médiation qui leur donnent corps (et âme !) : salles de cinéma, festivals, télévision, pôles d’éducation à l’image, universités, critique journalistique, concours, commissions d’aides publiques etc… Tout un écosystème en somme, offrant des portes d’entrées nombreuses pour vivre de sa passion.

Suivez cette série sur Facebook et comprenez comment – et avec qui – le réseau s’anime et l’audiovisuel prend forme !

Et surtout, continuez à partager la page de LabFilms ! La communauté grandit vite, preuve d’une demande réelle du côté des créateurs.  🙂


Pour vous abonner à la newsletter, c’est par ici !

Du cinéma mais par en bas ! – La sélection de Rock # 3

Toutes les deux semaines, Rock Brenner met en avant pour LabFilms une sélection de films auto-produits qui valent le détour !


BLACK BLOC de Noé
Un (vrai ou faux) documentaire sur les Black Blocs au Brésil.



LET IT RAIN de Matt Hardie
Un film d’action australien comme vous n’en avez jamais vu. 



FUNNY WEBCAM EFFECTS de Néstor F.
Un court-métrage espagnol qui prouve qu’on peut faire beaucoup avec très peu. 

Écrire un scénario : on commence par quoi ?

Par Marine Gral, consultante scénario en région lyonnaise

La forme d’un scénario est un élément fixé par des règles précises, on l’a vu. Ces normes s’apprennent et s’utilisent, mais ne changent pas vraiment (sauf peut-être d’un court à un long métrage). On peut choisir de lire des ouvrages sur le sujet ou de s’auto-former, l’écriture de scénario étant traitée de nombreuses fois, que ce soit dans des manuels ou des tutoriels sur internet par exemple.

Qu’en est-il du fond ? Lorsqu’on commence à écrire un scénario, faut-il déjà avoir une histoire bien précise en tête, ou bien seulement une trame, un thème, un héros ? Chaque auteur travaille à sa façon, comme pour l’écriture littéraire, néanmoins, certains points restent importants à garder en tête, un scénario n’étant ni un roman, ni un conte, ni une nouvelle. Il est nécessaire, sinon indispensable, d’avoir une idée claire de ce que l’on souhaite raconter – un point qui, certes, peut paraître évident[1]. Pourtant, l’écueil que je constate dans de nombreux scénarios est souvent le même : l’auteur souhaite traiter d’un thème, qui lui est cher ou d’actualité, et construit une histoire autour de celui-ci[2]. Le thème prend alors souvent le pas sur le récit, devenu prétexte, tout comme les personnages, l’ensemble n’étant pas assez développé pour susciter l’intérêt, l’implication – voire l’attachement – du lecteur (et probablement du spectateur par la suite) car les enjeux abordés ne sont pas assez forts ou crédibles. Le thème, s’il est important et peut s’avérer une excellente base de travail, ne remplace pas une intrigue à la structure solide.

Le récit ne peut fonctionner – et donc captiver lecteurs et futurs spectateurs – que s’il possède assez d’épaisseur, un terme flou, mais qui s’explique par toutes les couches qui composent le récit en se superposant :

  • des péripéties et obstacles crédibles et en nombre suffisant ;
  • des personnages assez étoffés, pas seulement le ou les héros. Le développement des personnages dépend de leur nombre (héros, adversaires, personnages secondaires) et du format du scénario, court ou long métrage, longueur…
  • une structure claire (un début, un milieu, une fin). De manière classique, on place, au début du scénario, un élément déclencheur qui lance l’action et déclenche des conflits que le ou les personnages doivent chercher à résoudre (c’est leur(s) objectif(s)). Le milieu est, de fait, la partie la plus longue du scénario et contient les péripéties qui doivent s’enchainer de manière cohérente, tout en créant une montée en tension. La fin présente un dénouement qui peut être heureux ou malheureux et même partiel, si tous les objectifs du ou des personnages ne sont pas résolus (dans une fin ouverte) ;
  • un équilibre entre dialogues et didascalies, qui ne signifie pas qu’ils doivent être présents à part égale.

Ce mille-feuilles doit former un tout cohérent, clair et compréhensible, quel que soit le genre ou le ton choisi, c’est là le second écueil souvent constaté. En effet, un récit poétique aux accents lyriques et métaphoriques, de même qu’une histoire tortueuse de science-fiction avec de nombreux flashbacks, par exemple, doivent être, à l’écrit, exposés de manière linéaire, mis à plat, pour être accessibles et intelligibles à tous les lecteurs[3]. Voici un exemple : un personnage disparait (meurt, s’évapore, est enlevé, etc.). « Martin se retourne, Dimitri a disparu ». Le lecteur doit être informé des circonstances spécifiques de cette disparition, s’il y en a, par le scénario[4]. Si Dimitri a été enlevé par un vaisseau extra-terrestre en arrière-plan, le spectateur le verra à l’écran, bien que Martin puisse ne pas s’en apercevoir. En revanche, si le scénario présente une vision poétique de la mort de Dimitri, où son âme s’échappe de son corps qui s’évapore et donc, littéralement, disparaît de l’écran[5], il ne s’agit pas du tout de la même scène. Le lecteur doit connaître ces différences, sans quoi il pourra penser que Dimitri est parti et que son personnage n’intervient plus dans l’intrigue – ce qui peut n’avoir aucun sens ! C’est là toute la difficulté du récit scénaristique, puisque l’auteur doit songer, au moment de l’écriture, à décrire ce qui sera visible dans le futur cadre de l’écran, en même temps que la narration. Le genre, le style et le ton du futur film ne doivent, pas plus que le thème, l’emporter sur le but premier du scénario : raconter une histoire.

En résumé, la métaphore culinaire du mille-feuilles (facile, il est vrai) peut donc vous éclairer : il ne suffit pas d’avoir un seul ingrédient pour faire une recette. De même, un thème seul, c’est comme une plaquette de beurre, ce n’est pas très digeste ! Vous pouvez, si nécessaire, substituer certains éléments à d’autres, si le genre de votre futur film vous y contraint, c’est comme si vous faisiez un régime sans gluten, ne mettez pas de la farine de blé ! Parfois, un aspect particulier du scénario n’est pas compatible avec une structure classique, comme pour un film choral par exemple, où différentes histoires peuvent s’entremêler pour n’en former qu’une. En revanche, si les quantités et la façon d’incorporer les ingrédients ne sont pas respectées, la recette n’a que peu de chance d’être comestible : quelques personnages de bonne qualité, deux grands bols de péripéties, une pincée d’action, saupoudrer d’un thème, pourquoi pas, et bien étaler la pâte pour qu’elle ne se brise pas en mille morceaux et soit à la fois souple et solide. Deux tartes ne sont jamais identiques, même si on reprend les mêmes ingrédients, alors pour le reste, il faut laisser faire l’imagination !


[1] On n’évoquera pas, dans cet article, les particularités de certaines exceptions, comme le cas de l’adaptation par exemple.

[2] Le problème le plus courant est que l’auteur part de son thème, par exemple les migrants, dont il a envie de parler. Il met une situation anecdotique en scène, brodée à partir du thème. En cela, le thème est bien mis en valeur et central dans le scénario. Le récit sert donc uniquement à parler d’un thème – c’est un prétexte – mais ne l’aborde pas sous l’angle du cinéma, c’est-à-dire en racontant une histoire qui sera mise en image.  Dans ce cas, on peut se demander pourquoi le choix d’un scénario et pas d’un pamphlet politique par exemple.

[3] Les flashbacks doivent être signalés, les métaphores expliquées (ce que l’on peut aussi développer dans une note d’intention).

[4] Sauf, évidemment, si la disparation fait partie intégrante de l’intrigue et que le suspense est construit autour de ce mystère.

[5] Ce qui peut faire l’objet de plusieurs effets spéciaux visuels durant la post-production, mais que le scénario peut amorcer, ou à défaut, pallier par une explication concrète du phénomène : « une silhouette semblable à Dimitri s’élève depuis son corps dans les cieux, comme si son âme le quittait. Son corps, lui, disparaît et il ne reste plus rien de lui. Martin, qui lui tourne le dos, n’a rien vu. »


L’auteure

Marine Gral est membre du « comité de lecture de scénario » de l’association L’Accroche Scénaristes (Lyon) et de son Conseil d’Administration. Passionnée depuis toujours par le cinéma, elle est diplômée d’un Master Arts de l’écran et d’un Master professionnel en Coproduction internationale d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (Université de Strasbourg). Grâce à ses connaissances théoriques et pratiques (lecture de scénarios et analyse de films, rédaction et composition de dossiers de demande de subvention), elle souhaite tout particulièrement aider les scénaristes dans leur processus de création (relecture, réécriture, travail de script doctor), mais aussi les guider dans la composition de leur dossier de production.

 

Du cinéma mais par en bas ! – La sélection de Rock # 2

Toutes les deux semaines, Rock Brenner met en avant pour LabFilms une sélection de films auto-produits qui valent le détour !


NEAL D RETKE FOR PRESIDENT! de Victor Van Rossem & Bram van Bree
Le dieu de Facebook a suggéré un certain « Neal » en tant qu’ami à Victor. Neal habite aux Etats-Unis. Victor en Belgique. Ils ne se connaissent pas. Alors pourquoi, Facebook, pourquoi ? Victor est intrigué et veut rencontrer Neal.



THE RIGHT TO BEAR LOVE d’Isabel Higgins
Une idylle au bord de la mer. Romantique, touchant, bouleversant…



NSWF 100 JOURS : +67 de Jean-Gabriel Périot
Le réalisateur du très bon documentaire Une Jeunesse Allemande nous fait un cours sur les tomates. (Avertissement : certaines images peuvent choquer.)

Des nouvelles de LabFilms – L’édito de la newsletter #2

Par Timothée Euvrard, président de l’association LabFilms

Depuis quelques temps, nous allons à la rencontre des associations strasbourgeoises actives dans la création et la médiation audiovisuelle. L’idée est de monter des partenariats avec divers acteurs structurants du secteur, investis dans des réseaux créatifs locaux plus ou moins dispersés, mais reliés entre eux par un même objet : la création cinématographique et audiovisuelle bien sûr !

Le but de l’association LabFilms est de favoriser l’émergence créative et d’ouvrir les réseaux de collaboration grâce aux outils numériques. Des outils aujourd’hui largement accessibles, mais dont il faut activement prendre possession pour favoriser la création. N’est-ce pas d’ailleurs le combat actuel des cadors de l’industrie audiovisuelle française face aux surpuissants GAFAN (Google, Apple, Facebook, Amazon, Netflix) ? A une autre échelle, évidemment, mais l’idée n’est pas si différente : se réapproprier la création par la maîtrise de ses conditions de diffusion. Hé bien nous aussi, dans un tout autre style, en partant d’en bas, créons une plateforme commune !

Non pas face à Netflix – ce n’est pas non plus la champions league comme dirait l’autre – mais simplement face à l’indistinction générale dans l’environnement numérique de la création émergente, amateure, pro-amateure, guérilla, autoproduite… tous les termes sont bons. Et surtout face à l’éparpillement des réseaux collaboratifs, des talents qui les constituent, et des ressources qui vont avec. Une plateforme non seulement pour exposer les créations, mais surtout une plateforme pour collaborer, une plateforme pour transmettre, un atelier numérique d’expériences audiovisuelles pour former les professionnels de demain et inspirer ceux d’aujourd’hui.

L’éducation à l’image est devenue une affaire d’état, et c’est tant mieux. Mais la pratique filmique, celle qui donne l’occasion de créer ensemble des formes audiovisuelles, celle-là doit être développée davantage. Pour ceux qui souhaitent découvrir un moyen d’expression aujourd’hui incontournable, comme pour ceux qui souhaitent en faire leur métier.

Cela ne se fera pas sans fédérer et structurer les réseaux aujourd’hui existants. Nous proposons de le faire autour d’une plateforme collaborative et associative, autrement plus directe que les newsletter et groupes Facebook dont nous disposons aujourd’hui.

Vous êtes une association ou un collectif audiovisuel ? Vous souhaitez être partenaire ? Contactez-nous ! Du Grand Est (où nous sommes basés) ou d’ailleurs, élargissons le réseau.


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