Blog

LabFilms.org, pour une plateforme commune au service des créateurs de l’audiovisuel

LabFilms est avant tout un projet collectif, porté par une équipe de passionnés de création cinématographique et vidéo. Réunis sous forme d’association, nous travaillons depuis des mois à la création d’une plateforme web collaborative dédiée spécifiquement à la création audiovisuelle autoproduite. Un espace et outil Commun pensé par des créateurs pour les créateurs, au service de l’émergence des talents, du développement des réseaux collaboratifs et de la professionnalisation.

Nous œuvrons à ce que cette plateforme se présente comme un écosystème complet pour la création audiovisuelle. Elle combinera pour cela, d’une part, un réseau social collaboratif pour mettre en relation et réunir des passionnés autour de projets de films, et d’autre part, un espace de diffusion permettant d’exposer et de valoriser les productions des utilisateurs.

On peut résumer le projet LabFilms à trois engagements fondamentaux :

  1. La mise en réseau des créateurs de l’audiovisuel (tous postes confondus),
  2. La mise à disposition d’outils de gestion de projet et d’espaces collaboratifs en ligne,
  3. Et enfin la valorisation éditoriale des films via l’attribution de différents labels de qualité.

Tout cela, avec l’objectif systématique de favoriser le partage d’expériences et la transmission de compétences entre les utilisateurs. C’est pourquoi d’ailleurs différents espaces participatifs seront mis en place pour favoriser les échanges collectifs et la formation individuelle : des espaces de conseils sur les différents projets, un forum d’entraide, et surtout un catalogue de ressources pédagogiques alimenté par la communauté elle-même.

D’une certaine manière, LabFilms veut redonner du sens au participatif sur le web et c’est une ambition fédératrice qui nous guide véritablement dans ce projet.

Celui-ci se présente comme une réaction face à un certain éparpillement des réseaux collaboratifs, des talents qui les constituent, et des ressources qui vont avec. C’est une réaction aussi pour donner un certain crédit à une création autoproduite, ou guérilla, ou pro-amateur, qui peut avoir d’immenses qualités mais qui est de fait totalement indistincte et noyée dans l’environnement surchargé des grandes plateformes.

Nous avons donc constaté le besoin d’un nouvel espace de partage et de mise en réseau, qui serait pensé aussi bien comme un atelier numérique que comme une vitrine pour les créateurs autoproduits. Une vitrine, mais aussi une passerelle. Une passerelle vers la création professionnelle pour ceux qui souhaitent faire de leur passion leur métier. Car le moment de transition entre monde amateur et monde professionnel constitue un enjeu décisif et un moment délicat pour tous les jeunes diplômés de cinéma et audiovisuel, et encore plus en régions. Nous en faisons nous-mêmes partie !

Pour intégrer un milieu professionnel, il faut non seulement se former, mais aussi et surtout être capable de développer un réseau. LabFilms veut offrir la possibilité de faire les deux à la fois, par la pratique. Ce projet existe donc aussi pour permettre à chacun de construire sa propre voie dans un milieu particulièrement diversifié en termes de métiers et de segments créatifs.

Si, comme nous, vous êtes un passionné de création audiovisuelle, et que vous partagez nos valeurs et nos ambitions, montrez-nous votre soutien en rejoignant la communauté LabFilms via notre page Facebook et notre newsletter ! Un financement participatif se profile à l’automne, pour faire ensemble de ce projet une réalité partagée !

Parcourez labfilms.org pour découvrir tous les détails de la plateforme, ses fonctionnalités prévues et les visuels de l’interface future.

Le réseau s’anime ! – L’édito de la newsletter #3

L’été est beau, la France est championne du monde de foot et LabFilms poursuit jovialement son action pour fédérer créateurs et médiateurs divers autour de son projet.

Si la mission première de l’association est bien de lancer une plateforme web collaborative, notre but est aussi de dépeindre les réseaux créatifs de l’audiovisuel en régions, afin de les rendre plus lisibles et plus accessibles à ceux qui espèrent à terme s’y insérer. Le projet LabFilms existe en effet aussi pour permettre à chacun de construire sa voie dans un milieu particulièrement diversifié en termes de métiers et de segments créatifs.

C’est pourquoi nous avons lancé une série de portraits vidéo consacrés à différentes personnalités régionales de l’audiovisuel sous toutes ses formes, professionnelles comme amateures. Vous pourrez dans cette newsletter découvrir le second portrait, et deux autres sont déjà en cours de montage !

A travers ces portraits en série – pour le moment limités à la région Grand Est – nous souhaitons proposer une approche singulière du paysage composite du cinéma et de l’audiovisuel, entendu au sens large.
Car le cinéma et l’audiovisuel, c’est certes la fabrication des films en elle-même et les dizaines de métiers qu’elle mobilise, mais c’est aussi leur diffusion et toutes les activités de médiation qui leur donnent corps (et âme !) : salles de cinéma, festivals, télévision, pôles d’éducation à l’image, universités, critique journalistique, concours, commissions d’aides publiques etc… Tout un écosystème en somme, offrant des portes d’entrées nombreuses pour vivre de sa passion.

Suivez cette série sur Facebook et comprenez comment – et avec qui – le réseau s’anime et l’audiovisuel prend forme !

Et surtout, continuez à partager la page de LabFilms ! La communauté grandit vite, preuve d’une demande réelle du côté des créateurs.  🙂


Pour vous abonner à la newsletter, c’est par ici !

Du cinéma mais par en bas ! – La sélection de Rock # 3

Toutes les deux semaines, Rock Brenner met en avant pour LabFilms une sélection de films auto-produits qui valent le détour !


BLACK BLOC de Noé
Un (vrai ou faux) documentaire sur les Black Blocs au Brésil.



LET IT RAIN de Matt Hardie
Un film d’action australien comme vous n’en avez jamais vu. 



FUNNY WEBCAM EFFECTS de Néstor F.
Un court-métrage espagnol qui prouve qu’on peut faire beaucoup avec très peu. 

Écrire un scénario : on commence par quoi ?

Par Marine Gral, consultante scénario en région lyonnaise

La forme d’un scénario est un élément fixé par des règles précises, on l’a vu. Ces normes s’apprennent et s’utilisent, mais ne changent pas vraiment (sauf peut-être d’un court à un long métrage). On peut choisir de lire des ouvrages sur le sujet ou de s’auto-former, l’écriture de scénario étant traitée de nombreuses fois, que ce soit dans des manuels ou des tutoriels sur internet par exemple.

Qu’en est-il du fond ? Lorsqu’on commence à écrire un scénario, faut-il déjà avoir une histoire bien précise en tête, ou bien seulement une trame, un thème, un héros ? Chaque auteur travaille à sa façon, comme pour l’écriture littéraire, néanmoins, certains points restent importants à garder en tête, un scénario n’étant ni un roman, ni un conte, ni une nouvelle. Il est nécessaire, sinon indispensable, d’avoir une idée claire de ce que l’on souhaite raconter – un point qui, certes, peut paraître évident[1]. Pourtant, l’écueil que je constate dans de nombreux scénarios est souvent le même : l’auteur souhaite traiter d’un thème, qui lui est cher ou d’actualité, et construit une histoire autour de celui-ci[2]. Le thème prend alors souvent le pas sur le récit, devenu prétexte, tout comme les personnages, l’ensemble n’étant pas assez développé pour susciter l’intérêt, l’implication – voire l’attachement – du lecteur (et probablement du spectateur par la suite) car les enjeux abordés ne sont pas assez forts ou crédibles. Le thème, s’il est important et peut s’avérer une excellente base de travail, ne remplace pas une intrigue à la structure solide.

Le récit ne peut fonctionner – et donc captiver lecteurs et futurs spectateurs – que s’il possède assez d’épaisseur, un terme flou, mais qui s’explique par toutes les couches qui composent le récit en se superposant :

  • des péripéties et obstacles crédibles et en nombre suffisant ;
  • des personnages assez étoffés, pas seulement le ou les héros. Le développement des personnages dépend de leur nombre (héros, adversaires, personnages secondaires) et du format du scénario, court ou long métrage, longueur…
  • une structure claire (un début, un milieu, une fin). De manière classique, on place, au début du scénario, un élément déclencheur qui lance l’action et déclenche des conflits que le ou les personnages doivent chercher à résoudre (c’est leur(s) objectif(s)). Le milieu est, de fait, la partie la plus longue du scénario et contient les péripéties qui doivent s’enchainer de manière cohérente, tout en créant une montée en tension. La fin présente un dénouement qui peut être heureux ou malheureux et même partiel, si tous les objectifs du ou des personnages ne sont pas résolus (dans une fin ouverte) ;
  • un équilibre entre dialogues et didascalies, qui ne signifie pas qu’ils doivent être présents à part égale.

Ce mille-feuilles doit former un tout cohérent, clair et compréhensible, quel que soit le genre ou le ton choisi, c’est là le second écueil souvent constaté. En effet, un récit poétique aux accents lyriques et métaphoriques, de même qu’une histoire tortueuse de science-fiction avec de nombreux flashbacks, par exemple, doivent être, à l’écrit, exposés de manière linéaire, mis à plat, pour être accessibles et intelligibles à tous les lecteurs[3]. Voici un exemple : un personnage disparait (meurt, s’évapore, est enlevé, etc.). « Martin se retourne, Dimitri a disparu ». Le lecteur doit être informé des circonstances spécifiques de cette disparition, s’il y en a, par le scénario[4]. Si Dimitri a été enlevé par un vaisseau extra-terrestre en arrière-plan, le spectateur le verra à l’écran, bien que Martin puisse ne pas s’en apercevoir. En revanche, si le scénario présente une vision poétique de la mort de Dimitri, où son âme s’échappe de son corps qui s’évapore et donc, littéralement, disparaît de l’écran[5], il ne s’agit pas du tout de la même scène. Le lecteur doit connaître ces différences, sans quoi il pourra penser que Dimitri est parti et que son personnage n’intervient plus dans l’intrigue – ce qui peut n’avoir aucun sens ! C’est là toute la difficulté du récit scénaristique, puisque l’auteur doit songer, au moment de l’écriture, à décrire ce qui sera visible dans le futur cadre de l’écran, en même temps que la narration. Le genre, le style et le ton du futur film ne doivent, pas plus que le thème, l’emporter sur le but premier du scénario : raconter une histoire.

En résumé, la métaphore culinaire du mille-feuilles (facile, il est vrai) peut donc vous éclairer : il ne suffit pas d’avoir un seul ingrédient pour faire une recette. De même, un thème seul, c’est comme une plaquette de beurre, ce n’est pas très digeste ! Vous pouvez, si nécessaire, substituer certains éléments à d’autres, si le genre de votre futur film vous y contraint, c’est comme si vous faisiez un régime sans gluten, ne mettez pas de la farine de blé ! Parfois, un aspect particulier du scénario n’est pas compatible avec une structure classique, comme pour un film choral par exemple, où différentes histoires peuvent s’entremêler pour n’en former qu’une. En revanche, si les quantités et la façon d’incorporer les ingrédients ne sont pas respectées, la recette n’a que peu de chance d’être comestible : quelques personnages de bonne qualité, deux grands bols de péripéties, une pincée d’action, saupoudrer d’un thème, pourquoi pas, et bien étaler la pâte pour qu’elle ne se brise pas en mille morceaux et soit à la fois souple et solide. Deux tartes ne sont jamais identiques, même si on reprend les mêmes ingrédients, alors pour le reste, il faut laisser faire l’imagination !


[1] On n’évoquera pas, dans cet article, les particularités de certaines exceptions, comme le cas de l’adaptation par exemple.

[2] Le problème le plus courant est que l’auteur part de son thème, par exemple les migrants, dont il a envie de parler. Il met une situation anecdotique en scène, brodée à partir du thème. En cela, le thème est bien mis en valeur et central dans le scénario. Le récit sert donc uniquement à parler d’un thème – c’est un prétexte – mais ne l’aborde pas sous l’angle du cinéma, c’est-à-dire en racontant une histoire qui sera mise en image.  Dans ce cas, on peut se demander pourquoi le choix d’un scénario et pas d’un pamphlet politique par exemple.

[3] Les flashbacks doivent être signalés, les métaphores expliquées (ce que l’on peut aussi développer dans une note d’intention).

[4] Sauf, évidemment, si la disparation fait partie intégrante de l’intrigue et que le suspense est construit autour de ce mystère.

[5] Ce qui peut faire l’objet de plusieurs effets spéciaux visuels durant la post-production, mais que le scénario peut amorcer, ou à défaut, pallier par une explication concrète du phénomène : « une silhouette semblable à Dimitri s’élève depuis son corps dans les cieux, comme si son âme le quittait. Son corps, lui, disparaît et il ne reste plus rien de lui. Martin, qui lui tourne le dos, n’a rien vu. »


L’auteure

Marine Gral est membre du « comité de lecture de scénario » de l’association L’Accroche Scénaristes (Lyon) et de son Conseil d’Administration. Passionnée depuis toujours par le cinéma, elle est diplômée d’un Master Arts de l’écran et d’un Master professionnel en Coproduction internationale d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (Université de Strasbourg). Grâce à ses connaissances théoriques et pratiques (lecture de scénarios et analyse de films, rédaction et composition de dossiers de demande de subvention), elle souhaite tout particulièrement aider les scénaristes dans leur processus de création (relecture, réécriture, travail de script doctor), mais aussi les guider dans la composition de leur dossier de production.

 

Du cinéma mais par en bas ! – La sélection de Rock # 2

Toutes les deux semaines, Rock Brenner met en avant pour LabFilms une sélection de films auto-produits qui valent le détour !


NEAL D RETKE FOR PRESIDENT! de Victor Van Rossem & Bram van Bree
Le dieu de Facebook a suggéré un certain « Neal » en tant qu’ami à Victor. Neal habite aux Etats-Unis. Victor en Belgique. Ils ne se connaissent pas. Alors pourquoi, Facebook, pourquoi ? Victor est intrigué et veut rencontrer Neal.



THE RIGHT TO BEAR LOVE d’Isabel Higgins
Une idylle au bord de la mer. Romantique, touchant, bouleversant…



NSWF 100 JOURS : +67 de Jean-Gabriel Périot
Le réalisateur du très bon documentaire Une Jeunesse Allemande nous fait un cours sur les tomates. (Avertissement : certaines images peuvent choquer.)

Des nouvelles de LabFilms – L’édito de la newsletter #2

Par Timothée Euvrard, président de l’association LabFilms

Depuis quelques temps, nous allons à la rencontre des associations strasbourgeoises actives dans la création et la médiation audiovisuelle. L’idée est de monter des partenariats avec divers acteurs structurants du secteur, investis dans des réseaux créatifs locaux plus ou moins dispersés, mais reliés entre eux par un même objet : la création cinématographique et audiovisuelle bien sûr !

Le but de l’association LabFilms est de favoriser l’émergence créative et d’ouvrir les réseaux de collaboration grâce aux outils numériques. Des outils aujourd’hui largement accessibles, mais dont il faut activement prendre possession pour favoriser la création. N’est-ce pas d’ailleurs le combat actuel des cadors de l’industrie audiovisuelle française face aux surpuissants GAFAN (Google, Apple, Facebook, Amazon, Netflix) ? A une autre échelle, évidemment, mais l’idée n’est pas si différente : se réapproprier la création par la maîtrise de ses conditions de diffusion. Hé bien nous aussi, dans un tout autre style, en partant d’en bas, créons une plateforme commune !

Non pas face à Netflix – ce n’est pas non plus la champions league comme dirait l’autre – mais simplement face à l’indistinction générale dans l’environnement numérique de la création émergente, amateure, pro-amateure, guérilla, autoproduite… tous les termes sont bons. Et surtout face à l’éparpillement des réseaux collaboratifs, des talents qui les constituent, et des ressources qui vont avec. Une plateforme non seulement pour exposer les créations, mais surtout une plateforme pour collaborer, une plateforme pour transmettre, un atelier numérique d’expériences audiovisuelles pour former les professionnels de demain et inspirer ceux d’aujourd’hui.

L’éducation à l’image est devenue une affaire d’état, et c’est tant mieux. Mais la pratique filmique, celle qui donne l’occasion de créer ensemble des formes audiovisuelles, celle-là doit être développée davantage. Pour ceux qui souhaitent découvrir un moyen d’expression aujourd’hui incontournable, comme pour ceux qui souhaitent en faire leur métier.

Cela ne se fera pas sans fédérer et structurer les réseaux aujourd’hui existants. Nous proposons de le faire autour d’une plateforme collaborative et associative, autrement plus directe que les newsletter et groupes Facebook dont nous disposons aujourd’hui.

Vous êtes une association ou un collectif audiovisuel ? Vous souhaitez être partenaire ? Contactez-nous ! Du Grand Est (où nous sommes basés) ou d’ailleurs, élargissons le réseau.


Pour vous abonner à la newsletter, c’est par ici !

Un scénario… c’est quoi ?

Par Marine Gral, consultante scénario en région lyonnaise

Élément strictement artistique ou document technique, le scénario peut avoir un double rôle dans la réalisation d’un film, qu’il s’agisse de court ou de long métrage. De là à dire qu’il est indispensable, il n’y a qu’un pas, mais peut-on le franchir ?

On entend communément par « scénario » le document écrit qui reprend les éléments de l’intrigue d’un film, mais aussi les dialogues et parfois, des indications techniques visant à guider sa réalisation. Composé de scènes ou de séquences, le scénario doit être écrit selon des normes assez précises (la forme). En effet, il ne s’agit pas d’un roman, ni d’une nouvelle. La narration doit donner des indications précises et factuelles de ce qui va se passer à l’écran et que le spectateur va voir. Est par exemple banni le pronom indéfini « on », qui, comme son nom l’indique, ne définit pas suffisamment l’auteur d’une action[1].

Pour autant, il ne faut pas négliger son contenu (le fond) : l’intrigue, l’histoire, le récit. Être scénariste, c’est avant tout raconter une histoire, au même titre qu’un romancier, bien que la forme de l’écrit diffère. Le scénariste a donc des contraintes formelles à respecter, mais il est totalement libre de son sujet, de son thème, de la structure et de l’histoire qu’il veut partager avec, non seulement des lecteurs, mais également les futurs spectateurs.

Pour le tournage, certains se contenteront d’une page de synopsis et d’autres s’armeront d’une continuité dialoguée détaillée, où ils ajouteront des éléments d’ordre technique : échelles de plans, types de cadrages et mouvements de caméra envisagés, durée des scènes ou séquences, musique, lumière, indications de mise en scène ou de jeu d’acteur, etc. Que le scénariste se destine à être le réalisateur de son œuvre ou pas, il est très important qu’il précise au maximum sa pensée dans ce document, afin que tous les autres intervenants de la production comprennent précisément où il veut en venir[2]. Le cinéma se fait décidément à plusieurs !

Souvent négligé par le scénariste isolé qui écrit seul chez lui, la relecture fait partie intégrante de la création et il est primordial d’obtenir un ou plusieurs retours, de la part de professionnels ou non. Le scénario étant destiné à servir d’outil de travail pour une grande partie de la production du film, la réécriture est monnaie courante. Pourtant, c’est une étape délicate à passer pour le scénariste qui contemple son œuvre déformée, reformulée, remaniée. Le scénario est en effet amené à être modifié tout au long de sa « carrière ». Par ailleurs, dans tous les dossiers de demande d’aide ou d’inscription aux festivals, c’est un élément attendu qui doit être à la fois clair, lisible, bien présenté et sans faute.

Alors, le scénario, indispensable ou pas ?


[1] « On entend des bruits de pas », « on voit derrière Patrick »… Qui est « on » ? Le spectateur ? Le réalisateur et/ou son équipe ? Un personnage de l’intrigue ? Toutes ces personnes à la fois ? Les propositions directes sont donc beaucoup plus efficaces pour rendre compte d’une action : « des bruits de pas retentissent », « une silhouette apparaît derrière Patrick ».

[2] Les acteurs se serviront du scénario pour apprendre leur texte, mais y trouveront peut-être aussi des indications de jeu, de ton, de mise en scène (qui pourront évidemment être complétées à l’oral). Les techniciens du tournage ou du montage pourront l’utiliser pour se faire une idée du film que le scénariste avait en tête en l’écrivant (cadrages, lumière, son, musique, etc.).


L’auteure

Marine Gral est membre du « comité de lecture de scénario » de l’association L’Accroche Scénaristes (Lyon) et de son Conseil d’Administration. Passionnée depuis toujours par le cinéma, elle est diplômée d’un Master Arts de l’écran et d’un Master professionnel en Coproduction internationale d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (Université de Strasbourg). Grâce à ses connaissances théoriques et pratiques (lecture de scénarios et analyse de films, rédaction et composition de dossiers de demande de subvention), elle souhaite tout particulièrement aider les scénaristes dans leur processus de création (relecture, réécriture, travail de script doctor), mais aussi les guider dans la composition de leur dossier de production.

Du cinéma mais par en bas ! – La sélection de Rock # 1

Toutes les deux semaines, Rock Brenner met en avant pour LabFilms une sélection de films auto-produits qui valent le détour !


IN YOUR FACE de Jean-Marie Villeneuve
Court-métrage réalisé pour le Nikon Film Festival par l’auteur prometteur du long-métrage autoproduit « Tout est faux ».



ET DANS 10 ANS… de Klein & Schwarz
Un mystérieux court-métrage sur un croque-mort alsacien. Mystérieux car on se demande toujours si c’est un vrai ou un faux documentaire…


LES BIJOUX POUR ZIZI de Lenny & Harpo Guit
Voici un délire des frangins du Clubb Guitos, collectif prolifique et complètement barge basé sur Paris et Bruxelles qui ne cache pas son amour pour l’absurde et les productions AB1 (ce qui est un peu la même chose).

Marathon Vidéo 48H de Strasbourg – La création sous pression

Par Timothée Euvrard

A Strasbourg, le Marathon Vidéo 48H est l’un des événements les plus attendus de l’année par les passionnés de création audiovisuelle. Pour sa onzième édition, le concours créé en 2007 par La Cité de la Prod et repris par Le Club Fiction à partir de 2017, a réuni ce week-end 40 équipes surmotivées. Et il fallait l’être : elles avaient chacune 48H pour écrire, tourner, et monter un film de 3:30 min maximum, sur le thème « Pas de temps à perdre ! », en respectant deux contraintes : « table ronde » et « code secret ». Débrouillez-vous avec ça.

Marine, journaliste audiovisuelle, est venue de Paris pour rejoindre son équipe constituée autour de l’association strasbourgeoise Le Bruit des Courts :

J’ai fait la régie, déco’, et HMC [habillage, maquillage, coiffure ndlr]. Pour une fille qui sait pas maquiller, c’était assez original.

Car même si de nombreux professionnels – souvent en première partie de carrière, les plus pimpants sans doute ! – participent à l’événement, beaucoup de participants s’improvisent à leur poste. Au cadre, il y aura toujours des spécialistes, mais sans doute moins au HMC, ou même au son.

Le Bruit des Courts a pourtant trouvé le sien : Matthias, étudiant en fin de Master Image & Son, a fait le déplacement depuis Mulhouse pour intégrer l’équipe à la prise de son et au mixage. Il a ramené avec lui son matériel et celui de la société de production dans lequel il effectue son stage de fin de cursus.

Le collectif le Bruit des Courts a rassemblé le reste des moyens techniques, et peu de choses en réalité distinguaient leur plateau de tournage d’un plateau professionnel. Ils ne sont pas les seuls au Marathon dans cette logique de rigueur. C’est autoproduit, mais on peut dire qu’il y a de la prod’ !

C’est que l’association, qui réalise de nombreux projets audiovisuels toute l’année, connaît le facteur clef : l’organisation. En un temps de production si ramassé,

Il n’y a pas de place au hasard, confirme Matthias. Chacun a son objectif, chacun a son poste. Pour faire convenablement, pour passer un bon 48H il faut qu’on puisse se relayer. Une personne ne peut pas rester éveillée 48h sans faire n’importe quoi.

Car même si la débrouille est un principe central pour les équipes du 48H, celle-ci peut vite tourner à la panique sans un minimum de rigueur organisationnelle. Le mot d’ordre reste l’efficacité. Marine insiste :

Quand tu as des longs projets, communiquer avec tout le monde et se faire comprendre c’est déjà pas évident, mais plus c’est court, et plus il faut être rapide et efficace.

Mais aussi organisés que l’on soit, impossible d’échapper à l’urgence et au rythme chaotique qu’impose le concours. Le temps de sommeil des participants en témoigne :

On a dormi 5 heures la première nuit, et après il n’y a plus eu de sommeil !  s’amuse Pierre, au cadre sur le tournage.

Mais alors, demandera-t-on, ce ne serait pas un peu la croix et la bannière ce Marathon Vidéo, avec ses délais impossibles et ses contraintes thématiques casse-pieds ? Un peu oui, mais la créativité a aussi parfois besoin d’un bon coup de pied aux fesses pour surgir. C’est un peu ce que suggère Marine :

Je pense que quand tu as des contraintes et un temps très court, tu sais que c’est one shot, et généralement ton cerveau […] il travaille beaucoup mieux quand tu es sous pression et speed. […] Parce que tu pars sur une idée, tu le fais, et tu sais que ça passe ou ça casse, mais au moins tu es efficace dans ce que tu fais et tu ne réfléchis pas dix ans sur ‘’comment je vais faire ce plan, comment je vais faire ça… ‘’ Généralement ça apporte un petit plus, un petit piquant dans la création.

Pression et imagination riment donc lors du Marathon.

Après une nuit d’écriture de vendredi à samedi, la journée du Bruit des Courts a débuté sur les coups de 8h, pour une fin de tournage à 2h du matin et une nuit complète de montage pour l’équipe image. Aux environs de midi, Matthias et son acolyte Etienne venaient les relayer pour le montage son, jusqu’à la livraison du film peu avant 18h. Une fin de parcours pleine de tensions pour l’ensemble des équipes, à n’en pas douter. Matthias raconte :

Le gros stress : l’export, le moment où on se dit ‘’est-ce qu’il va pas planter ?’’ Parce que la carte graphique a planté plusieurs fois pendant le montage. ‘’Est-ce qu’il va partir ?’’ On était à 45 minutes de la deadline, et on était en train de faire le rendu, et là on se disait ‘est-ce que le son est synchro ? Est-ce qu’il n’y a rien qui a bougé ?’ On n’a même pas fait écouter… C’est Adrien le monteur qui a récupéré le master, le film monté, il est parti, on n’avait même pas encore écouté le film. Pendant qu’il était en train de partir on était en train d’écouter sur la télé. […] Donc là c’était grosse grosse pression.

Une production à flux tendu, dans le pur style toyotiste ! Certaines équipes n’ont pas surmonté cette dernière étape de la post-production, quatre ayant finalement dépassé le délai de livraison. Hors compétition, elles étaient tout de même diffusées dimanche soir à l’UGC Ciné Cité, car le Marathon Vidéo est d’abord une fête.

A l’issue de l’expérience, c’est d’ailleurs bien l’aspect collectif et convivial que la plupart des participants retiennent, et qui fait le succès de l’événement depuis toutes ces années. Marine, qui est une professionnelle de l’image, ne fait ici pas exception, insistant sur cet autre aspect de la création audiovisuelle, dont elle s’était quelque peu éloignée :

Ça m’a permis de retravailler en équipe, parce que ça fait quatre ans que je travaille toute seule. Ce n’est pas évident de travailler en équipe quand tu es habituée à tout faire toute seule. Donc j’ai vraiment très envie de le refaire !


L’équipe du Bruit des Courts a remporté dimanche le Prix de l’image du Marathon Vidéo 48H pour son film « Contrat d’effroi ».

Le palmarès complet :

  • Mention Spéciale UGC : « C’est fini ! Ou… », Equipe 38 – Jamann
  • Prix du scénario : « L’amour n’attend pas », Equipe 9 – Atlantis
  • Prix de l’image : « Contrat d’effroi », Equipe 22 – Le Bruit des Courts
  • Prix d’interprétation : Equipe 18 – Bonne question
  • Coup de cœur : « Table rase », Equipe 26 – Vividcam
  • Mention spéciale : « Symphonie à deux temps », Equipe 6 – Gapoma
  • Prix du public : « 8 sec 64 », Equipe 31 – Crushteam
  • Grand prix du jury : « 8 sec 64 », Equipe 31 – Crushteam

Sous des airs de démocratisation… La création filmique auto-produite, une pratique collective fortement contrariée

Pour le même article, dans une version plus confortable, c’est par ici !

Une troupe de théâtre a généralement besoin d’un lieu défini pour répéter et créer une pièce collectivement. De fait, l’art théâtral possède un lieu de création qui lui est propre, le théâtre, lui permettant de bâtir ses représentations dans un relatif isolement vis-à-vis du réel extérieur. Le cinéma, dans sa forme majoritaire, fonctionne à l’inverse. Sa matière première est le plus souvent le réel lui-même, dans lequel il a besoin d’aller puiser directement, par le procédé de la captation filmique. Dans la plupart des cas, il n’a donc pas besoin d’un lieu de création collective unique et régulier.

Par ailleurs, si l’œuvre théâtrale advient au moment de sa représentation sur scène, lorsque se produit la rencontre « vivante » d’un public et d’une troupe, tout se décide dans une salle de montage pour l’œuvre cinématographique, en l’absence du public. Le résultat final de la réalisation d’un film ne repose donc pas – comme au théâtre – sur une performance collective à un moment T dans un lieu défini, faisant suite à une longue période de répétitions elles aussi très localisées. Tout dépend plutôt d’une série cumulative de gestes créatifs décalés dans le temps et l’espace, et extrêmement divisés. Aucun lieu n’est ainsi véritablement structurant pour la création cinématographique comme activité collective. Une activité aboutissant à un produit immatériel figé et infiniment reproductible, qui s’expérimente en l’absence de ses auteurs, dans un lieu tout à fait contingent.

Le cinéma est bien une affaire de mouvement avant d’être une affaire d’espace : il naît dans le mouvement d’une équipe plus que dans l’espace fixe d’un lieu de travail, et la dématérialisation de ses supports de diffusion lui permet de défiler en tout endroit à l’identique.

Ces remarques introductives nous permettent de mettre en lumière ce fait que, contrairement au spectacle vivant, la réalisation filmique n’a pas vocation à s’appuyer sur un lieu de travail régulier et fixe pour mobiliser ses nombreux participants. Au cinéma, contrairement au théâtre, c’est l’œuvre qui dicte les lieux de travail, et non le lieu de travail qui conditionne la réussite de l’œuvre. Les lieux ne sont donc pas structurants mais pratiques et circonstanciels. Ce constat a de nombreuses conséquences sur l’organisation de la création cinématographique, et n’est pas sans lien avec les difficultés qu’elle pose dans un cadre amateur. Plutôt que sur un lieu structurant, le cinéma s’appuie en effet sur une rationalisation poussée de ses méthodes organisationnelles et collaboratives, pour mener à bien ses projets. Les divers intervenants de la création doivent effectivement être en mesure de se coordonner, sans pourtant intervenir ni aux mêmes moments, ni sur les mêmes éléments de la création, ni sur le même lieu de travail. À notre sens, cette rationalisation de la méthode productive vient en fait directement compenser l’absence d’un lieu de création cinématographique unique et structurant (comme peut l’être l’enceinte du théâtre pour l’art théâtral), absence qui limite continuellement la possibilité de souder un collectif de travail sur le long terme.

C’est bien pourquoi les collectifs amateurs de pratique filmique ont tant de mal à émerger et à exister sur la durée : ils sont pleinement confrontés à cette absence de lieu créatif inhérente au cinéma et n’ont pas accès aux moyens organisationnels compensatoires pour y faire face. Ceux-ci sont en effet particulièrement difficile d’accès hors du monde professionnel.

Faire du cinéma collectivement en amateur est ainsi beaucoup plus compliqué que faire du théâtre ! Il n’y a en effet ni lieu, ni système organisationnel compensatoire pour fédérer les intervenants. À une époque où les caméras sont partout et maniées quasi quotidiennement par la majorité, peut-on pour autant dire que la création filmique est une pratique véritablement démocratisée ? Il est permis d’en douter fortement.

Chez LabFilms, nous estimons néanmoins que les technologies numériques sont aujourd’hui en mesure d’abaisser les barrières à l’entrée sur le plan organisationnel, tout comme elles l’ont déjà fait sur le plan des techniques de prise de vues (une première étape de la démocratisation des pratiques de l’image). Les cinéastes amateurs ont depuis longtemps accès à des caméras, mais ils ont encore besoin d’une interface où se rencontrer, s’organiser, et partager leurs expériences. Ce que propose LabFilms, c’est donc en quelque sorte de fournir un lieu numérique à la création cinématographique et audiovisuelle. Car si la grande accessibilité des outils de captation vidéo permet à tout le monde d’être cinéaste aujourd’hui, c’est en réalité surtout en individuel. L’aspect éminemment collectif de la pratique demeure un défi pour les créateurs isolés.

En témoigne, la difficulté pour les amateurs de trouver des structures collectives pour exercer leur pratique. En comparaison, les passionnés de théâtre n’auront guère de mal à intégrer des troupes associatives ou des groupes de pratique dans n’importe quelle ville. Les troupes et les cours de théâtre existent en effet sous la forme de nombreuses associations ouvertes, quand les collectifs de réalisation sont généralement bâtis sur des cercles d’amis préexistants et plus fermés. Les associations de théâtre ou d’arts vivants sont des lieux, les collectifs de cinéma sont des mouvements… Les premières se constituent plutôt selon un système ouvert, les seconds par affinités électives au sein de réseaux préexistants.

L’absence de lieu de création structurant au cinéma se traduit donc par une grande rareté des structures amateures de pratique collective. Malgré l’important succès sur internet de quelques collectifs isolés, la création filmique collective en amateur s’avère ainsi globalement très peu organisée, comparativement à l’ampleur de l’engouement populaire que les pratiques audiovisuelles suscitent. En définitive, les pratiques collectives de l’image en mouvement ne sont aujourd’hui pas véritablement démocratisées, en dépit de la croissance exponentielle des usages individuels des appareils de prise de vues (par le biais principalement des smartphones). Filmer individuellement, ce n’est pas créer collectivement. Comme nous le disions, cette situation nous semble pourtant aujourd’hui pouvoir être dépassée grâce aux outils collaboratifs offerts par le web. En proposant la mise en place d’une plateforme collaborative gratuite dédiée à la création cinématographique et audiovisuelle, LabFilms entend ainsi fournir une réponse à la problématique organisationnelle des productions amateures, et favoriser par-là le développement artistique des pratiques de l’image.

Un mouvement associatif d’origine canadienne, relativement répandu en France, a bien essayé de bâtir des lieux de création du cinéma amateur, et y est parvenu dans une large mesure : c’est le mouvement Kino. Il promeut la réalisation collective de films non professionnels, avec peu de moyens et dans un esprit d’entraide. La charte de l’association Kinopaname (désormais Kino pop Paname) en détaille ainsi l’ambition : « Kinopaname a pour but de promouvoir une voie de production alternative qui a son propre fonctionnement basé sur la devise « Faire bien avec rien, Faire mieux avec peu, Mais le faire maintenant ». Kinopaname défend un cinéma audacieux, original et insoumis qui échappe aux contraintes sélectives de la production et des organismes officiels du cinéma, et où l’absence de moyens financiers est palliée par la motivation et l’entraide des participants. Kinopaname offre un cadre pour la réalisation et diffusion de ces films, par le biais de projections et d’ateliers de création, dans un contexte convivial et chaleureux qui favorise le rapport direct entre les créateurs et le public. »

Ce mouvement populaire, qui inspire LabFilms sur de nombreux points, fonctionne par des « évènements de production spontanée », les Kino-Kabarets, où les créateurs se rencontrent sur quelques jours. Il se résume donc à des rencontres physiques et ponctuelles, et aucun prolongement numérique n’existe à ce jour, qui pourrait donner à la pratique une plus grande continuité. LabFilms entend justement réaliser ce prolongement, en exploitant les possibilités collaboratives offertes par le web et le numérique, par la mise en place d’une plateforme de rencontre et d’échanges entre créateurs, de travail collaboratif sur leurs productions, de promotion et de diffusion de leurs films.

Il s’agirait là d’une étape de plus – et nous la croyons décisive – vers la démocratisation véritable des pratiques collectives de l’image en mouvement.