Du cinéma mais par en bas ! – La sélection de Rock # 2

Toutes les deux semaines, Rock Brenner met en avant pour LabFilms une sélection de films auto-produits qui valent le détour !


NEAL D RETKE FOR PRESIDENT! de Victor Van Rossem & Bram van Bree
Le dieu de Facebook a suggéré un certain « Neal » en tant qu’ami à Victor. Neal habite aux Etats-Unis. Victor en Belgique. Ils ne se connaissent pas. Alors pourquoi, Facebook, pourquoi ? Victor est intrigué et veut rencontrer Neal.



THE RIGHT TO BEAR LOVE d’Isabel Higgins
Une idylle au bord de la mer. Romantique, touchant, bouleversant…



NSWF 100 JOURS : +67 de Jean-Gabriel Périot
Le réalisateur du très bon documentaire Une Jeunesse Allemande nous fait un cours sur les tomates. (Avertissement : certaines images peuvent choquer.)

Des nouvelles de LabFilms – L’édito de la newsletter #2

Par Timothée Euvrard, président de l’association LabFilms

Depuis quelques temps, nous allons à la rencontre des associations strasbourgeoises actives dans la création et la médiation audiovisuelle. L’idée est de monter des partenariats avec divers acteurs structurants du secteur, investis dans des réseaux créatifs locaux plus ou moins dispersés, mais reliés entre eux par un même objet : la création cinématographique et audiovisuelle bien sûr !

Le but de l’association LabFilms est de favoriser l’émergence créative et d’ouvrir les réseaux de collaboration grâce aux outils numériques. Des outils aujourd’hui largement accessibles, mais dont il faut activement prendre possession pour favoriser la création. N’est-ce pas d’ailleurs le combat actuel des cadors de l’industrie audiovisuelle française face aux surpuissants GAFAN (Google, Apple, Facebook, Amazon, Netflix) ? A une autre échelle, évidemment, mais l’idée n’est pas si différente : se réapproprier la création par la maîtrise de ses conditions de diffusion. Hé bien nous aussi, dans un tout autre style, en partant d’en bas, créons une plateforme commune !

Non pas face à Netflix – ce n’est pas non plus la champions league comme dirait l’autre – mais simplement face à l’indistinction générale dans l’environnement numérique de la création émergente, amateure, pro-amateure, guérilla, autoproduite… tous les termes sont bons. Et surtout face à l’éparpillement des réseaux collaboratifs, des talents qui les constituent, et des ressources qui vont avec. Une plateforme non seulement pour exposer les créations, mais surtout une plateforme pour collaborer, une plateforme pour transmettre, un atelier numérique d’expériences audiovisuelles pour former les professionnels de demain et inspirer ceux d’aujourd’hui.

L’éducation à l’image est devenue une affaire d’état, et c’est tant mieux. Mais la pratique filmique, celle qui donne l’occasion de créer ensemble des formes audiovisuelles, celle-là doit être développée davantage. Pour ceux qui souhaitent découvrir un moyen d’expression aujourd’hui incontournable, comme pour ceux qui souhaitent en faire leur métier.

Cela ne se fera pas sans fédérer et structurer les réseaux aujourd’hui existants. Nous proposons de le faire autour d’une plateforme collaborative et associative, autrement plus directe que les newsletter et groupes Facebook dont nous disposons aujourd’hui.

Vous êtes une association ou un collectif audiovisuel ? Vous souhaitez être partenaire ? Contactez-nous ! Du Grand Est (où nous sommes basés) ou d’ailleurs, élargissons le réseau.


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Un scénario… c’est quoi ?

Par Marine Gral, consultante scénario en région lyonnaise

Élément strictement artistique ou document technique, le scénario peut avoir un double rôle dans la réalisation d’un film, qu’il s’agisse de court ou de long métrage. De là à dire qu’il est indispensable, il n’y a qu’un pas, mais peut-on le franchir ?

On entend communément par « scénario » le document écrit qui reprend les éléments de l’intrigue d’un film, mais aussi les dialogues et parfois, des indications techniques visant à guider sa réalisation. Composé de scènes ou de séquences, le scénario doit être écrit selon des normes assez précises (la forme). En effet, il ne s’agit pas d’un roman, ni d’une nouvelle. La narration doit donner des indications précises et factuelles de ce qui va se passer à l’écran et que le spectateur va voir. Est par exemple banni le pronom indéfini « on », qui, comme son nom l’indique, ne définit pas suffisamment l’auteur d’une action[1].

Pour autant, il ne faut pas négliger son contenu (le fond) : l’intrigue, l’histoire, le récit. Être scénariste, c’est avant tout raconter une histoire, au même titre qu’un romancier, bien que la forme de l’écrit diffère. Le scénariste a donc des contraintes formelles à respecter, mais il est totalement libre de son sujet, de son thème, de la structure et de l’histoire qu’il veut partager avec, non seulement des lecteurs, mais également les futurs spectateurs.

Pour le tournage, certains se contenteront d’une page de synopsis et d’autres s’armeront d’une continuité dialoguée détaillée, où ils ajouteront des éléments d’ordre technique : échelles de plans, types de cadrages et mouvements de caméra envisagés, durée des scènes ou séquences, musique, lumière, indications de mise en scène ou de jeu d’acteur, etc. Que le scénariste se destine à être le réalisateur de son œuvre ou pas, il est très important qu’il précise au maximum sa pensée dans ce document, afin que tous les autres intervenants de la production comprennent précisément où il veut en venir[2]. Le cinéma se fait décidément à plusieurs !

Souvent négligé par le scénariste isolé qui écrit seul chez lui, la relecture fait partie intégrante de la création et il est primordial d’obtenir un ou plusieurs retours, de la part de professionnels ou non. Le scénario étant destiné à servir d’outil de travail pour une grande partie de la production du film, la réécriture est monnaie courante. Pourtant, c’est une étape délicate à passer pour le scénariste qui contemple son œuvre déformée, reformulée, remaniée. Le scénario est en effet amené à être modifié tout au long de sa « carrière ». Par ailleurs, dans tous les dossiers de demande d’aide ou d’inscription aux festivals, c’est un élément attendu qui doit être à la fois clair, lisible, bien présenté et sans faute.

Alors, le scénario, indispensable ou pas ?


[1] « On entend des bruits de pas », « on voit derrière Patrick »… Qui est « on » ? Le spectateur ? Le réalisateur et/ou son équipe ? Un personnage de l’intrigue ? Toutes ces personnes à la fois ? Les propositions directes sont donc beaucoup plus efficaces pour rendre compte d’une action : « des bruits de pas retentissent », « une silhouette apparaît derrière Patrick ».

[2] Les acteurs se serviront du scénario pour apprendre leur texte, mais y trouveront peut-être aussi des indications de jeu, de ton, de mise en scène (qui pourront évidemment être complétées à l’oral). Les techniciens du tournage ou du montage pourront l’utiliser pour se faire une idée du film que le scénariste avait en tête en l’écrivant (cadrages, lumière, son, musique, etc.).


L’auteure

Marine Gral est membre du « comité de lecture de scénario » de l’association L’Accroche Scénaristes (Lyon) et de son Conseil d’Administration. Passionnée depuis toujours par le cinéma, elle est diplômée d’un Master Arts de l’écran et d’un Master professionnel en Coproduction internationale d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles (Université de Strasbourg). Grâce à ses connaissances théoriques et pratiques (lecture de scénarios et analyse de films, rédaction et composition de dossiers de demande de subvention), elle souhaite tout particulièrement aider les scénaristes dans leur processus de création (relecture, réécriture, travail de script doctor), mais aussi les guider dans la composition de leur dossier de production.

Du cinéma mais par en bas ! – La sélection de Rock # 1

Toutes les deux semaines, Rock Brenner met en avant pour LabFilms une sélection de films auto-produits qui valent le détour !


IN YOUR FACE de Jean-Marie Villeneuve
Court-métrage réalisé pour le Nikon Film Festival par l’auteur prometteur du long-métrage autoproduit « Tout est faux ».



ET DANS 10 ANS… de Klein & Schwarz
Un mystérieux court-métrage sur un croque-mort alsacien. Mystérieux car on se demande toujours si c’est un vrai ou un faux documentaire…


LES BIJOUX POUR ZIZI de Lenny & Harpo Guit
Voici un délire des frangins du Clubb Guitos, collectif prolifique et complètement barge basé sur Paris et Bruxelles qui ne cache pas son amour pour l’absurde et les productions AB1 (ce qui est un peu la même chose).

Marathon Vidéo 48H de Strasbourg – La création sous pression

Par Timothée Euvrard

A Strasbourg, le Marathon Vidéo 48H est l’un des événements les plus attendus de l’année par les passionnés de création audiovisuelle. Pour sa onzième édition, le concours créé en 2007 par La Cité de la Prod et repris par Le Club Fiction à partir de 2017, a réuni ce week-end 40 équipes surmotivées. Et il fallait l’être : elles avaient chacune 48H pour écrire, tourner, et monter un film de 3:30 min maximum, sur le thème « Pas de temps à perdre ! », en respectant deux contraintes : « table ronde » et « code secret ». Débrouillez-vous avec ça.

Marine, journaliste audiovisuelle, est venue de Paris pour rejoindre son équipe constituée autour de l’association strasbourgeoise Le Bruit des Courts :

J’ai fait la régie, déco’, et HMC [habillage, maquillage, coiffure ndlr]. Pour une fille qui sait pas maquiller, c’était assez original.

Car même si de nombreux professionnels – souvent en première partie de carrière, les plus pimpants sans doute ! – participent à l’événement, beaucoup de participants s’improvisent à leur poste. Au cadre, il y aura toujours des spécialistes, mais sans doute moins au HMC, ou même au son.

Le Bruit des Courts a pourtant trouvé le sien : Matthias, étudiant en fin de Master Image & Son, a fait le déplacement depuis Mulhouse pour intégrer l’équipe à la prise de son et au mixage. Il a ramené avec lui son matériel et celui de la société de production dans lequel il effectue son stage de fin de cursus.

Le collectif le Bruit des Courts a rassemblé le reste des moyens techniques, et peu de choses en réalité distinguaient leur plateau de tournage d’un plateau professionnel. Ils ne sont pas les seuls au Marathon dans cette logique de rigueur. C’est autoproduit, mais on peut dire qu’il y a de la prod’ !

C’est que l’association, qui réalise de nombreux projets audiovisuels toute l’année, connaît le facteur clef : l’organisation. En un temps de production si ramassé,

Il n’y a pas de place au hasard, confirme Matthias. Chacun a son objectif, chacun a son poste. Pour faire convenablement, pour passer un bon 48H il faut qu’on puisse se relayer. Une personne ne peut pas rester éveillée 48h sans faire n’importe quoi.

Car même si la débrouille est un principe central pour les équipes du 48H, celle-ci peut vite tourner à la panique sans un minimum de rigueur organisationnelle. Le mot d’ordre reste l’efficacité. Marine insiste :

Quand tu as des longs projets, communiquer avec tout le monde et se faire comprendre c’est déjà pas évident, mais plus c’est court, et plus il faut être rapide et efficace.

Mais aussi organisés que l’on soit, impossible d’échapper à l’urgence et au rythme chaotique qu’impose le concours. Le temps de sommeil des participants en témoigne :

On a dormi 5 heures la première nuit, et après il n’y a plus eu de sommeil !  s’amuse Pierre, au cadre sur le tournage.

Mais alors, demandera-t-on, ce ne serait pas un peu la croix et la bannière ce Marathon Vidéo, avec ses délais impossibles et ses contraintes thématiques casse-pieds ? Un peu oui, mais la créativité a aussi parfois besoin d’un bon coup de pied aux fesses pour surgir. C’est un peu ce que suggère Marine :

Je pense que quand tu as des contraintes et un temps très court, tu sais que c’est one shot, et généralement ton cerveau […] il travaille beaucoup mieux quand tu es sous pression et speed. […] Parce que tu pars sur une idée, tu le fais, et tu sais que ça passe ou ça casse, mais au moins tu es efficace dans ce que tu fais et tu ne réfléchis pas dix ans sur ‘’comment je vais faire ce plan, comment je vais faire ça… ‘’ Généralement ça apporte un petit plus, un petit piquant dans la création.

Pression et imagination riment donc lors du Marathon.

Après une nuit d’écriture de vendredi à samedi, la journée du Bruit des Courts a débuté sur les coups de 8h, pour une fin de tournage à 2h du matin et une nuit complète de montage pour l’équipe image. Aux environs de midi, Matthias et son acolyte Etienne venaient les relayer pour le montage son, jusqu’à la livraison du film peu avant 18h. Une fin de parcours pleine de tensions pour l’ensemble des équipes, à n’en pas douter. Matthias raconte :

Le gros stress : l’export, le moment où on se dit ‘’est-ce qu’il va pas planter ?’’ Parce que la carte graphique a planté plusieurs fois pendant le montage. ‘’Est-ce qu’il va partir ?’’ On était à 45 minutes de la deadline, et on était en train de faire le rendu, et là on se disait ‘est-ce que le son est synchro ? Est-ce qu’il n’y a rien qui a bougé ?’ On n’a même pas fait écouter… C’est Adrien le monteur qui a récupéré le master, le film monté, il est parti, on n’avait même pas encore écouté le film. Pendant qu’il était en train de partir on était en train d’écouter sur la télé. […] Donc là c’était grosse grosse pression.

Une production à flux tendu, dans le pur style toyotiste ! Certaines équipes n’ont pas surmonté cette dernière étape de la post-production, quatre ayant finalement dépassé le délai de livraison. Hors compétition, elles étaient tout de même diffusées dimanche soir à l’UGC Ciné Cité, car le Marathon Vidéo est d’abord une fête.

A l’issue de l’expérience, c’est d’ailleurs bien l’aspect collectif et convivial que la plupart des participants retiennent, et qui fait le succès de l’événement depuis toutes ces années. Marine, qui est une professionnelle de l’image, ne fait ici pas exception, insistant sur cet autre aspect de la création audiovisuelle, dont elle s’était quelque peu éloignée :

Ça m’a permis de retravailler en équipe, parce que ça fait quatre ans que je travaille toute seule. Ce n’est pas évident de travailler en équipe quand tu es habituée à tout faire toute seule. Donc j’ai vraiment très envie de le refaire !


L’équipe du Bruit des Courts a remporté dimanche le Prix de l’image du Marathon Vidéo 48H pour son film « Contrat d’effroi ».

Le palmarès complet :

  • Mention Spéciale UGC : « C’est fini ! Ou… », Equipe 38 – Jamann
  • Prix du scénario : « L’amour n’attend pas », Equipe 9 – Atlantis
  • Prix de l’image : « Contrat d’effroi », Equipe 22 – Le Bruit des Courts
  • Prix d’interprétation : Equipe 18 – Bonne question
  • Coup de cœur : « Table rase », Equipe 26 – Vividcam
  • Mention spéciale : « Symphonie à deux temps », Equipe 6 – Gapoma
  • Prix du public : « 8 sec 64 », Equipe 31 – Crushteam
  • Grand prix du jury : « 8 sec 64 », Equipe 31 – Crushteam